Télésurveillance : comment la médecine s’adapte aux enjeux numériques

15/02/2024 Par M.G.
E-santé
A l’occasion de la 8e édition des grandes tendances de la e-santé, qui s’est déroulée le 30 janvier dernier, plusieurs acteurs du monde de la santé ont évoqué la télésurveillance en oncologie. Un outil de plus en plus présent qui permet "d’anticiper les prises en charge". 

 

"Il est essentiel d’exploiter les possibilités offertes par les technologies numériques pour parvenir à la couverture sanitaire universelle", déclarait le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le 17 avril 2019. Ce jour-là, l’organisation publiait 10 recommandations en lien avec les technologies numériques pour améliorer la santé des populations et les services essentiels. Conscient de l’enjeu des nouvelles technologies au service de la santé de demain, Interaction Healthcare a lancé le 30 janvier dernier la 8e édition des grandes tendances de la e-santé, à la station F, à Paris.  

Cette journée a été l’occasion de revenir sur la place du numérique en santé et notamment sur l’intelligence artificielle (IA). Pour le Pr Jean-Emmanuel Bibault, les spécialités qui l’utilisent le plus sont la "radiothérapie et l’oncologie". Pour cette dernière, la e-santé a notamment bouleversé la prise en charge des patients, notamment grâce à la télésurveillance.  

"Faire travailler le patient à notre place"

Au lieu de garder un patient atteint d’un cancer à l’hôpital, pour vérifier son état de santé, la télésurveillance permet de maintenir son suivi tout en le laissant retourner chez lui. "L’idée c’est presque de faire travailler le patient à notre place ou en tout cas de compléter les informations que l’on a, à partir des données qu’il produit lui-même au travers d’applications en renseignant ses symptômes, ses signaux vitaux…", explique le Pr Fabrice Denis, cancérologue au Mans, chercheur au CNRS et professeur de e-santé et d’IA.  

Les données du patient sont ensuite directement envoyées à l’établissement de santé qui le suit, et analysées par des algorithmes. Car face à l’afflux de données recueillies, il faut savoir repérer celles qui signalent un éventuel problème pour le patient. En plus des algorithmes, les infirmières de coordination reçoivent également "les alertes et commencent à prendre en charge le patient ou à alerter le médecin si besoin", poursuit le Pr Denis.  

Depuis le 21 avril 2022, la Société européenne d’oncologie médicale (Esmo) recommande cette pratique : "La surveillance numérique des symptômes par mesures rapportées par les patients (Prom) dans les soins cliniques de routine et pendant le traitement systémique du cancer est recommandée, sur la base des preuves de bénéfices sur la communication, de satisfaction, d’observance du traitement, de contrôle des symptômes, de la qualité de vie, des admissions aux urgences et à l'hôpital et de survie."

"Anticiper les prises en charge"

Si la télésurveillance semble bénéfique pour le patient, elle améliore également la pratique des médecins. "Ça nous permet d’anticiper les prises en charge en termes d’effets secondaires imprévus ou de récidive d’une maladie, ajoute le Pr Denis. On peut administrer de plus fortes doses de traitement et plus longtemps parce qu’on gère mieux les effets secondaires avec cette prise en charge".

Le Pr Denis reconnaît pour autant que le déploiement de la télésurveillance doit se faire "doucement", "puisqu’il y a un certain apprentissage, notamment du côté infirmier, à la gestion des alertes". Il faut commencer avec des "thérapies simples" et des "protocoles précis", rappelle l’oncologue, pour qu’à terme "une infirmière bien formée puisse suivre 500-600 patients".

Pour l’heure, un peu plus d’une centaine d’établissements propose la télésurveillance en oncologie sur les 800 présents en France. "A mon avis d’ici deux ou trois ans, utiliser la télésurveillance paraitra évident", estime le Pr Denis. "L’oncologie a ouvert le bal, mais d’autres spécialités vont arriver derrière progressivement avec des recommandations."

Remboursement par l’Assurance maladie 

Sur son site, l’Assurance maladie indique que "seules les pathologies ayant reçu un avis favorable de la Haute Autorité de santé (HAS) et ayant fait l’objet d’une publication au Journal officiel par arrêté interministériel sont ouvertes à la prise en charge dans le cadre du droit commun". Il s’agit de l’insuffisance cardiaque, de l’insuffisance rénale, de l’insuffisance respiratoire, du diabète et de l’oncologie. "L'arythmie cardiaque nécessitant des prothèses cardiaques implantables devrait être prochainement ajoutée", précise l’Assurance maladie qui indique également que, comme elle, "d’autres pathologies pourront à l'avenir être concernées et prises en charge après avis favorable de la HAS". 

François-Guirec Champoiseau, fondateur de Cureety  

"Cureety est un logiciel médical de télésurveillance spécifique pour l’oncologie, pour tous les patients quel que soit leur traitement et leur cancer. C’est le premier outil à avoir accédé au marché grâce à Pécan*. Cureety se concentre pour le moment sur la télésurveillance des patients sous traitement et demain, on ira vers la télésurveillance des rechutes.    

Avec ce système, on organise un tri des patients (ceux avec des symptômes sévères versus ceux avec des symptômes mineurs) [à l’aide d’auto-questionnaires, NDLR]. Intuitivement, on se dit que ça fait plein d’alertes à gérer et donc du travail en plus, mais avec nos algorithmes efficients, on s’est aperçu qu’on allégeait la charge des paramédicaux. On a vu des études internationales qui montrent qu’un patient mieux suivi est un patient mieux soigné. On va au-delà de la gestion des symptômes, on prend en charge le patient dans sa globalité. On essaye d’avoir une approche holistique du patient."

*Pécan est un dispositif qui permet la prise en charge dérogatoire d'un an par l'Assurance Maladie 

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