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Fatigue décisionnelle : le médecin prescrit mieux le matin que l'après-midi

Une étude de l'université de Pennsylvanie a montré que la propension des généralistes à prescrire des examens de dépistage à leurs patients éligibles déclinait au fil de la journée. Moralité : on prescrit mieux quand on est frais et dispo.

Le prescription du médecin est-elle indexée à la course du soleil ?  Il semble que oui, à en croire les conclusions d'une étude de l'université de Pennsylvanie récemment publiée dans Jama Network Open, la revue en accès libre de l'American Medical Association. Les auteurs se sont penchés sur la propension des médecins généralistes à prescrire des examens de dépistage en fonction de l'heure de la consultation. Le résultat invite à la modestie.

Près de 20 000 patientes éligibles au dépistage du cancer du sein (systématique entre 50 et 74 ans) ont été sélectionnées, et leurs consultations chez le généraliste passées rétrospectivement au crible sur dix ans, le tout auprès de 33 cabinets ou centres de Pennsylvanie et du New Jersey. À l'analyse, il s'est avéré que les médecins prescrivaient bien moins d'examens de dépistage l'après-midi que le matin.

L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt

En réalité, le taux de prescription variait tout au long de la journée. Il débutait par un vaillant 64 % le matin à 8 heures, avant de chuter au cours de la matinée jusqu'à chuter sous la barre des 50 % à 11 heures ; il remontait ensuite à 56 % à midi, sans doute après le déjeuner, pour chuter à nouveau graduellement au cours de l'après-midi, et terminer à 48 % en fin de journée, à 17 heures.

Le taux de prescription d'examens de dépistage du cancer du sein varie au fil de la journée. Adapté de Hsiang et al. (2019).

L'effet a également été mesuré pour le dépistage du cancer colorectal, auprès de quelque 33 000 patients éligibles. Cette fois, le taux de prescription déclinait tout au long de la journée, de 28 % en début de journée (8 heures) à 18 % en fin d'après-midi (17 heures), sans rebond perceptible cette fois.

Grosse fatigue ou gros retard ?

"Nous pensons que cette tendance provient d'une « fatigue décisionnelle » : les individus sont moins enclins à envisager une nouvelle décision après en avoir pris toute la journée", a indiqué Esther Hsiang (Johns Hopkins School of Medicine), premier auteur de l'étude, dans un communiqué. "Il se pourrait aussi que cet effet soit dû au fait que les praticiens sont de plus en plus débordés au fil de la journée."

On pourrait toujours imaginer que le profil des patients reçus diffère au cours de la journée, mais le modèle a été ajusté pour neutraliser la plupart des facteurs de confusion possible : âge, sexe, groupe ethnique, revenu, type d'assurance médicale (privée, Medicare, Medicaid), score de comorbidité, le type de consultation (première visite ou non), site et date de la visite. L'effet demeure, robuste.

Quant aux pertes de chance pour les patients, elles semblent elle aussi bien réelles. Les patients non orientés vers le dépistage ne l'étaient pas davantage à l'occasion de consultations ultérieures : en tout cas, les taux de dépistage réels dans l'année épousaient fidèlement les taux de prescription, de sorte que les patients du matin se faisaient sensiblement plus dépister que ceux du soir.

"De plus en plus d'études montrent que l'heure du jour et la fatigue décisionnelle influe sur la prise en charge des patients", a commenté pour sa part le Dr Mitesh Patel (Pereman School of Medicine), auteur sénior. "Dans de précédents travaux, nous avons montré que des rappels (de type "nudge", NDLR) dans le dossier médical patient peuvent s'avérer utiles pour résoudre ce problème."

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