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"Pendant des années, le souvenir de cette rafle m'a hantée" : comment une jeune interne a sauvé des enfants juifs de la déportation

LES HEROÏNES DE LA MEDECINE 4/4. En décembre 1941, Colette Brull, 22 ans, débute son internat dans le seul hôpital en France où les médecins juifs ont encore le droit d'exercer : l'hôpital Rothschild, situé dans le 12e arrondissement de Paris. Dans cet "annexe de Drancy", où sont hospitalisés les internés, la guérison précède la déportation. Révoltés, des soignants vont alors tout faire pour retenir leurs patients le plus longtemps possible. Grâce à eux, plusieurs dizaines d'enfants juifs ont pu être exfiltrés. Une histoire que la résistante Colette Brull-Ulmann, décédée l'an dernier à l'âge de 101 ans, a longtemps gardé pour elle. Cet été, Egora.fr rend hommage aux femmes méconnues qui ont fait honneur à la profession.

 

"De 1941 à 1944, les établissements de la Fondation de Rothschild : l'hôpital, l'orphelinat, l'asile de vieillards, le sanatorium, dont certains réquisitionnés par la police de Vichy, furent transformés en annexe du camp de Drancy.
Au cours de cette période, la plus noire de son existence, un certain nombre de membres du personnel de la fondation se sont conduits de façon héroïque. Ils ont contribué à sauver la vie de nombreux enfants et adultes qui, parce qu'ils étaient nés juifs, étaient promis à une mort certaine dans les camps d'extermination nazis. (…)"

Plaque commémorative apposée à l'entrée de la Fondation de Rothschild, rue Picpus, à Paris.

 

Le réseau d'évasion d'enfants juifs de l'hôpital Rothschild, dirigé par l'assistante sociale Claire Heyman, est longtemps resté secret. Il n'a fait l'objet d'aucun ouvrage d'historien. Il a fallu attendre les années 2010 pour que son histoire soit connue, racontée inlassablement par le Dr Colette Brull-Ulmann, la dernière de ses membres encore en vie.

En décembre 1941, la jeune femme, issue d'une famille bourgeoise d'immigrés juifs roumains par son père, et juifs pieds noirs par sa mère, débute son internat à l'Hôpital Rothschild, à Paris, le seul établissement de France où les médecins juifs peuvent encore exercer. Son père étant un ancien combattant, la jeune femme a pu bénéficier d'une dérogation pour poursuivre ses études de médecine, malgré le numerus clausus mis en place par le Gouvernement de Vichy.

Sa vocation "est arrivée d'un coup", raconte-t-elle dans ses mémoires. Adolescente, Colette Brull se trouve alors à Tunis où sa mère, sa grande sœur, son petit frère et sa petite sœur, "Bijou", dont elle prend soin, sont venus s'installer après que la famille a été ruinée suite au krach de 1929. "Est-ce à cause de ma petite sœur Bijou, de cet oncle docteur dont j'ai découvert la salle d'attente, le cabinet si propre, avec ses instruments et ses gros dictionnaires de médicaments ? Est-ce à la suite de ce stage à l'Hôpital de Tunis?" Après avoir officié pour la Croix-Rouge, Colette se voit en effet pédiatre, "dans un dispensaire au fond de la brousse à sauver les enfants de maladies graves, comme le Docteur Schweitzer". Elle qui a été éduquée par une gouvernante anglaise et une préceptrice sans jamais mettre les pieds dans une école doit entrer au lycée pour décrocher le baccalauréat. Puis en 1938, elle retourne à Paris, où son père est resté, pour passer la licence PCB, préalable à l'entrée en médecine.

 

"A l'hôpital, les étoiles jaunes fleurissent, une espèce d'épidémie bizarre sur nos blouses blanches"

La guerre éclate et dès l'été 1940, les Juifs "ne sont plus des citoyens comme les autres", se désole-t-elle. "Les discriminations tombent avec la régularité d'un métronome." Alors que Colette écume les hôpitaux à la recherche de postes d'externe remplaçant pour engranger un maximum de pratique, le couperet tombe : le concours de l'externat n'est plus ouvert aux juifs. La jeune femme est "effondrée", "ulcérée" : "on s'en prend à moi directement, à ma vie, à ce que je veux faire. C'est une injustice absolue".

Jacques Ulmann, qu'elle vient de rencontrer à l'l'Hôtel-Dieu, lui suggère de passer le concours de l'internat de l'hôpital Rothschild, établissement où sont soignés les patients juifs et les internés des camps de Drancy ou du Loiret, transférés dans cette "annexe" hospitalière pour y subir une intervention urgente, pour y accoucher ou guérir d'une de ces maladies infectieuses qui font si peur aux Nazis. Dans ce "drôle d'hôpital" qui est "aussi une prison", Colette Brull est affectée au pavillon 7...

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