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"Né sous Vichy" : quand le sombre passé de l’Ordre des médecins resurgit

Pas un communiqué, pas un tweet sans que l’Ordre des médecins ne se voie reprocher ses origines "pétainistes". "Née sous Vichy", l’institution est aux yeux de ses opposants un organe répressif et passéiste, coupable du pire. Egora.fr remonte le temps pour démêler le vrai du faux de ce point Godwin de l’histoire de la médecine française.

 

 

 

"L’Ordre est né sous Vichy": vrai, mais sa création avait été actée bien avant

Octobre 1940. Quelques mois après la défaite la plus cuisante qu’ait connu la France, alors qu’une "Révolution nationale" est en marche sous la houlette du Maréchal Pétain, une loi publiée au Journal officiel* supprime les syndicats et décrète que "nul ne peut exercer la médecine s’il n’est habilité à cet effet par un conseil professionnel dit Conseil de l’ordre des médecins". A sa tête, un "Conseil supérieur", composé de douze médecins "nommés par décret". Dans chaque département, un conseil de membres, nommés eux aussi, "dresse un tableau public des personnes qui, remplissant les conditions imposées par les lois et les règlements concernant l’exercice de la médecine, sont admises par lui à pratiquer leur art". L’Ordre des médecins est né et toute la presse s’en fait l’écho.

Mais l’idée ne date pas d’hier. Elle se manifeste pour la première fois sous le règne de Louis-Philippe, en 1845, lors d’un congrès médical réunissant plus d’un millier de médecins. Cinquante ans après la suppression des corporations, alors que la profession doit cohabiter avec des officiers de santé toujours plus nombreux, la création dans chaque arrondissement d’un "conseil médical", "chargé de soutenir les droits des médecins et de maintenir la dignité professionnelle" est plébiscitée. Dans la foulée, un projet de loi est déposé. Mais la Révolution de 1848 balaie tout sur son passage.

L’idée resurgit à la fin du 19e siècle, alors que la loi Le Chevandier vient de restaurer le monopole d’exercice de la médecine, autorisant enfin la profession à se doter de syndicats. 1885, 1898, 1928… plusieurs projets de texte naissent puis meurent presque aussitôt. En mars 1929, un énième projet de loi est déposé. Tous les signaux sont au vert : le Conseil des ministres, l’Académie de médecine et la CSMF approuvent la création d’un Ordre garant de la déontologie médicale. S’ensuivent des années de tergiversation législative… Si bien qu'en 1939, le projet de loi n’est toujours pas adopté. Le Gouvernement de Vichy s’en chargera. La période est en effet propice à la "mise en place accélérée" de législations, relève le médecin et historien Bruno Halioua, auteur de "Blouses blanches, étoiles jaunes", ouvrage qui se penche sur ces pages sombres de l’histoire de la médecine. Mais en matière de santé, la création de l'Ordre n'est pas le seul héritage de Vichy, relève ce dermatologue : on doit également au Gouvernement de Pétain des acquis incontestés tels que le carnet de santé ou la santé au travail.

A noter qu’à compter de la loi du 18 septembre 1942, les membres de l’Ordre ne sont plus nommés, mais élus par leurs pairs.

 

L’Ordre a participé à l’exclusion des médecins juifs : indéniablement vrai

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