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Dermatologues libéraux : "ah, ça existe encore ?"

"N'écoutez pas les imbéciles qui vous balancent que c’est parce que les dermatologues ne font plus que de l’esthétique qu’ils n’ont pas de rendez-vous de dermatologie médicale", implore la Dre Flora Fischer, dans un billet de blog.

 

Billet initialement publié sur le Blog "Les billets d'humeur du dr" par la Dre Flora Fischer, dermatologue libérale. 

 

"Mon métier est précieux. Je ne collecte pas les perles des huîtres, je ne suis pas chercheuse d’or ni même poseuse de girouettes, je suis dermatologue. Avant quand je le disais j’avais parfois droit à : « alors, c’est quoi ce bouton sur ma jambe ? »  et désormais c’est plutôt, les yeux brillants : « ah oui ça existe encore ? Vous prenez des nouveaux patients ? »

En effet, pendant de nombreuses années, les dermatologues en exercice avaient soit un diplôme appelé CES soit le diplôme actuel appelé DES (après avoir réussi le concours de l’internat ou les épreuves nationales classantes puis fait les quatre années de l’internat en dermatologie). Les CES sont en train de prendre petit à petit une retraite bien méritée. Le numerus clausus a été si drastique depuis plus de vingt ans, et pour le passage en deuxième année, et pour l’admission au concours de l’internat en sixième année, que le renouvellement n’est pas suffisant. Trois dermatologues partant à la retraite pour seulement un nouveau diplômé, était l'ordre de grandeur depuis plusieurs années. Depuis environ deux ans, le nombre de postes d'internes en dermatologie a été augmenté (104 postes ont été ouverts cette année). L'équilibre n'est prévu qu'en 2030. La dermatologie n’est certainement pas la seule spécialité souffrant de ce double numerus clausus. Elle est assez emblématique des difficultés de la médecine en France.

Or, et j’en parle avec beaucoup d’affection et de fierté puisque c’est celle que j’ai choisie, cette spécialité est très étendue, elle va de l’infectieux à la cancérologie en passant par la médecine interne, les maladies auto-immunes, elle est indispensable à chacun et difficile à déléguer.

N'écoutez pas les imbéciles qui vous balancent que c’est parce que les dermatologues ne font plus que de l’esthétique et que c’est pour cela qu’ils n’ont pas de rendez-vous de dermatologie médicale. Cette affirmation est du même acabit que prôner la réintégration des soignants non vaccinés arguant qu’on en a absolument besoin pour faire tourner les hôpitaux… 

D’abord, il y a énormément de demandes esthétiques des femmes et des hommes de tous les âges. Il y a d’ailleurs beaucoup de médecins généralistes qui pratiquent exclusivement la médecine esthétique. Ensuite, il vaut mieux que cela reste des gestes médicaux, et pas des injections réalisées par des influenceuses faisant leur pub sur internet, travaillant dans leur cave, sans connaissance, sans formation, sans notion anatomique. L'esthétique est une partie intégrante de la dermatologie.

 

"Le médecin corvéable et taillable à merci tend à disparaître, et c'est heureux"

Les nouveaux diplômés, et en l’espèce surtout nouvelles diplômées, en dermatologie rechignent à s’installer en ville pour plusieurs raisons. Certains préfèrent l’hôpital où les pathologies sont souvent plus compliquées, les cas plus intéressants. Et aussi parce que les 35 h hebdomadaires sont assurées pour les praticiens hospitaliers (les titulaires).

En effet, ils sont attachés à des notions que nous, leurs aînés,  n’évoquions pas encore : les conditions de travail, la qualité de vie. Ce n'est pas un problème de vocation car elle ne manque pas aux bacheliers. Ils sont toujours plus nombreux à cocher ce cursus sur Parcours Sup.  

Mais après les 4 ou 5 ans d'internat, forme légale d'esclavagisme hospitalier, celles et ceux qui sont parvenus à ne pas faire de burn out, à ne pas se suicider, à...

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