L’accès aux soins mis en difficulté par la fracture numérique

25/09/2019 Par Elodie Hervé
Démographie médicale

Les Universités d’été des déserts médicaux et numériques ont réunis, les 20 et 21 septembre à Lucenay-les-Aix (Allier), professionnels de santé, politiques et industriels. Dans un décor de blé rougi et de sécheresse, se dresse le domaine d’Auzon. Non loin de cette bâtisse d’un autre temps, Guillaume de Durat, président de l’association Les Universités d’été des déserts médicaux et numériques, a choisi d’alerter sur l’accès aux soins et à Internet dans les territoires reculés. “On parle des déserts médicaux, mais beaucoup moins des déserts numériques. Et avec la dématérialisation, la fracture numérique est devenue une question centrale dans l’accès aux soins”, lance-t-il en guise d’introduction de ces deux jours de réflexion. “Aujourd’hui, le numérique est un bien commun au même titre que l’eau. Ne pas y avoir accès c’est être coupé de services de base.” Comme la prise de rendez-vous, la téléconsultation ou le suivi d’une maladie chronique. "Mettre en place le Dossier Médical Partagé (DMP) c'est très bien, mais comment y accéder sans connexion internet ?", questionne Matthieu Vidal président de l’association Villes internet.  D’une voix calme et assurée, Vincent Lacoste, urgentiste au Centre Hospitalier de Périgueux, raconte comment, dans les zones rurales, les infirmières à domicile sont dans l’obligation d’avoir autant de puces téléphoniques que d’opérateurs, pour réagir à l’urgence dans n'importe quel lieu. “Ce qui prouve qu’il existe rarement des zones où nos téléphones ne captent aucun réseau”, ajoute la députée de 1ère circonscription de la Nièvre, Perrine Goulet (LREM). Elle qui dénonce l’usage du terme “déserts médicaux” explique que la mise en place du roaming pourrait être une solution rapide et peu coûteuse, pour les zones rurales. Au même titre que pour les téléphones étrangers, cela permettrait l'itinérance des données mobiles entre les opérateurs et assurerait une continuité dans le réseau téléphonique sans avoir à construire plus d’antennes. Cette solution pour éviter les zones blanches a été abordée lors d’une séance de juin au palais Bourbon, par le député de la 1ère circonscription de l'Allier, Jean-Paul Dufrègne (GRD). Mais à ce jour, cette proposition n’a été ni déposée ni débattue par les parlementaires.

“On va être clair, demain nous n’aurons pas plus de docteur, ni de personnel soignant. La question maintenant, c’est de savoir comment nous adapter dans ces territoires sans connexion internet”, lance Vincent Lacoste. “Déjà, il serait temps de parler de sous-dotation médicale et non de déserts médicaux”, propose Perrine Goulet, face à une salle qui oscille entre rire et protestations. “Ce terme de désert décourage les jeunes médecins. Et il y a souvent un docteur sur place, qui peut faire de la téléconsultation avec des spécialistes qui habitent en ville.” Désertique ou sous-dotées en personnel soignant, les zones rurales françaises restent peu attractives pour les jeunes diplômés. Lionel Reichardt, le fondateur de 7C’s Health, défend, lui, l’idée de revenir sur la liberté d’installation des médecins. “Quand on a la chance de ne pas avoir à payer ses études, il n’est pas anormal de devoir des années à l’État.” Pendant deux ans après l’obtention du diplôme, il suggère que les jeunes docteurs soient à la disposition des patients des zones reculées. “J’ai passé dix ans à réfléchir à cette question, ajoute Vincent Lacoste. A comment offrir une bonne couverture médicale dans les zones rurales ?”. Après plusieurs essais, l’urgentiste lance sa start-up en 2015 et développe une valise connectée munie d’une caméra. “On a réussi à faire une bande passante de tous les opérateurs. De fait, si la connexion est moins bonne, la qualité de la vidéo est réduite mais ne coupe jamais.” Avec ses périphériques médicaux, cette valise permet de réaliser des téléconsultations complètes même dans les zones les plus reculées. “Une infirmière sur place suffit à la prise en charge, qui peut se faire directement au domicile du patient.” Pendant deux ans, les sapeurs-pompiers de Dordogne ont testé ce dispositif en situation réelle. Et cette SmartMedicase équipe désormais plusieurs sociétés privées d’ambulances.

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