Radiologie interventionnelle : une place importante en algologie

19/05/2021 Par Corinne Tutin
Algologie
Cimentoplastie, radiofréquence, cryochirurgie sont de plus en plus utilisées à visée antalgique ou parfois curative dans des pathologies bénignes ou malignes. Plusieurs techniques de radiologie interventionnelle peuvent être utilisées à titre antalgique, explique le Dr Xavier Buy qui pratique cette spécialité médicale à l’Institut Bergonié de Bordeaux.  

La cimentoplastie (vertébroplastie au niveau de l’axe vertébral) a été réalisée en 1984 par Hervé Deramond, radiologue interventionnel et Pierre Galibert, neurochirurgien à Amiens pour traiter un hémangiome cervical agressif. Elle a depuis connu des développements importants et est ainsi utilisée en traumatologie chez des sujets jeunes, mais aussi et surtout dans les métastases osseuses ostéolytiques et dans l’ostéopororose, « qui est actuellement sa première indication », signale le Dr Buy. « En raison de sa rapidité d’action, la cimentoplastie représente un excellent traitement antalgique dans les fractures ostéoporotiques hyperalgiques du rachis dorsal, lombaire, des ailerons sacrés », complète ce spécialiste. Une controverse a eu lieu sur le fait que ce traitement pourrait favoriser l’apparition de nouvelles fractures par hyperpression sur le rachis, et certaines recommandations rhumatologiques préconisent d’attendre quelques semaines avant d’intervenir. Pour le Dr Buy, « ce risque n’est pas réel, mais il est indispensable d’entreprendre un bilan complet des lésions par imagerie résonance magnétique, IRM, avant d’intervenir pour vérifier qu’on ne passe pas à côté de lésions osseuses non consolidées qui pourraient être responsables de fractures secondaires ». « Il est préférable de proposer ce traitement rapidement, afin de limiter la déformation cyphotique et d’éviter un alitement prolongé avec possibles complications de décubitus ». « Il arrive que des douleurs persistent après cimentoplastie, mais souvent il s’agit de douleurs arthrosiques facettaires qui peuvent relever d’une infiltration ou d’une prise en charge complémentaire de rééducation », souligne le Dr Buy.  

La cimentoplastie a aussi une place importante dans le myélome, et les métastases osseuses ostéolytiques de cancers comme ceux du sein, du poumon, de la thyroïde, parfois de la prostate. Le plus souvent, elle est utilisée en situation palliative à visée antalgique, en complément d’autres techniques. « L’avantage de cette méthode est qu’elle n’exclut pas les autres modalités thérapeutiques, ne retarde pas les autres traitements oncologiques », insiste le Dr Buy. « L’oncologue, qui est le chef d’orchestre du traitement, pourra donc l’associer, à une chimiothérapie, un traitement par bisphosphonates, par radiothérapie avant, ou après ». Des essais ont été effectués pour intégrer des molécules thérapeutiques dans le matériel de cimentoplastie : radionucléides, agents de chimiothérapie. Mais, pour l’instant les résultats n’ont pas été concluants, notamment parce que le relargage des molécules intégrées au ciment reste mal contrôlé. « On peut associer du zolédronate au ciment de cimentoplastie, mais sans valeur ajoutée par rapport à une injection réalisée séparément de la cimentoplastie ».   

Cinq ou six équipes de radiologie interventionnelle pratiquent aussi en France des traitements par vissage percutané, sous contrôle radiologique, essentiellement pour traiter des métastases complexes du bassin.

 

Intérêt de la radiofréquence en cas d’oligométastases douloureuses 

La radiofréquence osseuse a été développée dès les années 2000, en particulier par l’équipe du Pr Afshin Gangi au CHU de Strasbourg. La technique consiste à exposer les tissus, que l’on désire détruire, à une température supérieure à 60°C en plaçant à leur contact une aiguille électrode reliée à un générateur de courant électrique.  Elle est assez simple d’utilisation, mais nécessite une anesthésie plus lourde que la cimentoplastie, en règle générale. « Au départ, la radiofréquence était surtout employée pour détruire des ostéomes ostéoïdes, des petites tumeurs bénignes douloureuses du sujet jeune pour éviter la chirurgie. Mais, elle est aujourd’hui souvent employée en oncologie, dans un but antalgique, ou même du fait de la plus longue espérance de vie des malades à visée curative chez des patients porteurs d’oligométastases ».  

Moins pratiquée pour l’instant, la cryothérapie utilise dans sa version de dernière génération du gaz argon à haute pression pour congeler le tissu osseux. « L’avantage est qu’elle offre une plus grande précision d’action que la radiofréquence avec contrôle 3D du volume de la glace par scanner ou IRM », précise le Dr Buy. « On peut aussi traiter en cryothérapie de larges volumes tumoraux en activant plusieurs sondes simultanément ».  

La tendance actuelle est plutôt de recourir à la radiofréquence plus simple d’emploi, plus répandue pour réaliser un traitement des petites métastases et la cryothérapie dans les métastases de plus gros volume. Au final, une approche multidisciplinaire est souvent requise pour choisir les meilleures méthodes thérapeutiques interventionnelles ou non, les combiner au bon moment.  

 

Le Dr Buy déclare participer ou avoir participé à des interventions ponctuelles pour l’entreprise Galil-BTG.

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Jean-Marc Juvanon

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