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"Médecin, j'ai changé de sexe pour être en accord avec moi-même"

A 48 ans, le Dr Marion Tuduri entame "une seconde vie" : celle d'une femme
Née homme, le Dr Marion Tuduri entame à 48 ans "une seconde vie" : celle d'une femme. De son enfance de garçon à la chirurgie de réassignation sexuelle, en passant par son coming-out auprès de ses confrères et patients, cette praticienne de Roanne a accepté de nous raconter sa transition. Une histoire empreinte de bienveillance et de tolérance, quand tant d'autres transgenres subissent le rejet de l'autre.

 

"Mon trouble à moi a commencé entre 8 et 10 ans. Je ne me suis pas dit : 'je ne suis pas dans le bon genre'. C'était plutôt une sensation de l'ordre de la sexualisation, très difficile à définir. Sans comprendre ce qu'il se passait, j'avais simplement l'intime conviction que ce n'était pas bien. J’ai vécu des expériences qui ont créé de l'émoi. Par exemple, à l'âge de 6 ans, j'ai fait un an de danse classique pour soigner ma voute plantaire. En tant que garçon, je me suis senti à la fois extrêmement honteux... et troublé au fond de moi-même.

On oublie et ça revient, comme une pulsion. Ça n'a fait que s'accentuer au fil du temps, jusqu'à ma transition, entamée en 2014. C'était une sorte d'engrenage. J'ai commencé à prendre les vêtements de ma mère -puis ceux de mes compagnes-, à acheter des vêtements, des sous-vêtements. Et à chaque fois, ce rappel : 'c'est n'importe quoi, tu es un garçon, pas une fille'. A un moment donné, je me suis même dit que j'étais fou… Alors on jette tout et on repart à zéro. On rencontre des jeunes filles, on se marie, on fait des enfants. On essaie de rentrer dans un moule social, dans la binarité garçon-fille. Mais on est rattrapé par cette pensée, ce désir. Et à chaque fois, on va un peu plus loin, on franchit une étape supplémentaire, on passe plus de temps avec la personne que l'on va devenir plus tard. J'ai progressé comme ça. Ma transidentité est une construction, à la différence de beaucoup d'autres, qui la vivent en profondeur. Finalement, j'ai repris la main sur une vie qui n'était pas la mienne. Aujourd'hui, je peux dire que tout est en ordre. Mais ça ne l'a pas toujours été.

 

"Annoncer à sa femme que l'on veut devenir une femme, c'est courir à l'échec du couple"

Quand j'ai commencé mes études de médecine, dans les années 90's, j'ai trouvé des newsgroups de travestis et de trans qui faisaient un peu fonction de clubs de rencontre. J'ai pu lier amitié avec des personnes qui vivaient la même chose que moi. Internet m'a permis de découvrir que je n'étais pas seule. Il n'y a pas plus de transgenres aujourd'hui qu'avant : la différence, c'est qu'ils ont maintenant la possibilité de « sortir du placard » et d'aller jusqu'à la chirurgie de réassignation sexuelle. Même s'il y en a encore parmi les plus âgés qui ne feront pas leur coming-out, les plus jeunes osent et s'assument assez tôt. Mais il y a beaucoup de mal-être, de dépression, de suicides. C'est dû au rejet de la société, de l'entourage*, mais pas que. C'est aussi l'opposition entre ce pour quoi on a été éduqué ('tu es un garçon/fille, tu vas te marier et avoir des enfants') et qui on est réellement. Si on n'arrive pas à évoluer, ça devient invivable. On ne fait pas la chirurgie pour des raisons esthétiques : c'est qu'on n'a pas le choix, car notre personnalité profonde ne colle pas à la réalité biologique. Et ça nous coûte, car on a beaucoup à perdre.

Il se passe des choses dans la vie qui ne sont pas dues au hasard : en bouddhisme, on parle de "synchronicité". Lorsque j'étais externe, j'ai fait un stage dans un service d'urologie dans un centre de rééducation : le chirurgien était alors l'un des seuls en France à opérer des transgenres. C'était un pur hasard, je ne le savais pas quand j'ai choisi mon stage. Ça m'a permis de me...

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