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"Nous sommes régulièrement menacés" : ils racontent leur combat contre les antivax sur Facebook

Ridiculiser les anti-vaccins. C'est la mission que s'est donnée la page Facebook "Les Vaxxeuses", suivie par plus de 12 000 personnes. Chaque jour, ses membres parcourent inlassablement ce réseau social pour contrer les arguments des groupes antivax qui l'ont colonisé, alimentant un climat de défiance générale contre les vaccins. 

 

Une fois n'est pas coutume, l'interview ne se fera ni en face en face, ni par téléphone… mais par un logiciel de tchat. "Nous faisons régulièrement l'objet de menaces plus ou moins appuyées de la part des antivax. C'est pourquoi nous évitons tout contact qui pourrait nous identifier. Ils nous ont déjà fait le coup de l'interview", nous explique notre interlocuteur, administrateur de la page Facebook "Les Vaxxeuses". Un nom qui n'a pas été choisi au hasard : c'est la contraction de "Vaxxed", titre du film du très controversé Andrew Wakefield, et des "Valseuses", de Bertrand Blier. Il est désormais bien connu des antivax, qui ont fait de Facebook leur terrain de jeu favori. 

Sur le réseau social de Mark Zuckerberg en effet, les groupes anti-vaccin pullulent. "Il y a quatre ou cinq groupes francophones très actifs. Le plus gros, Info vaccin prevenar, regroupe 50 000 personnes, explique celui que nous appellerons Vaxxeuse n°1. A côté, il y a une multitude de petits groupes de 100-150 personnes." Des groupes privés, parfois secrets, où les publications sont bien souvent filtrées, verrouillant complètement le débat. Problème : ces publications sont parfois partagées en masse, touchant une audience aussi large qu'influençable et alimentant un climat de défiance général à l'encontre des vaccins.

Constituées en septembre 2017, les Vaxxeuses organisent la riposte. "On tournait beaucoup sur des groupes complotistes et on s'est rendu compte que certains croyaient au grand complot vaccinal. Pour eux, les vaccins servent à diminuer la population de la planète", raconte Vaxxeuse n°1, l'un des deux fondateurs de la page. Si les "platistes" (ceux qui croient que la Terre est plate)...

ne font de mal à personne, "là, c'est du sérieux, parce qu'on touche à la santé", relève-t-il. "Pour les antivax les plus virulents, les plus actifs, tout est de la faute des vaccins, même un cancer qui arrive 10 ans après", pointe Vaxxeuse n°3, troisième personne à avoir rejoint le groupe. Sa mission : "tourner en dérision les arguments les plus ridicules des antivax" pour mieux saper leur crédit.

 

 

Un travail de longue haleine. Parcourir les groupes d'antivax à la recherche des plus belles "perles", opposer inlassablement aux antivax les données acquises de la science, répondre aux personnes qui s'interrogent sur les risques des vaccins… "Certains jours, j'y consacre 3-4 heures", confesse Vaxxeuse n°1. "Et contrairement à ce que pensent les antivax, on a tous un travail, on n'est pas payés par Big pharma", s'amuse-t-il. Issus de milieux professionnels divers, ils ne compteraient aucun médecin dans leurs rangs, mais une poignée de docteurs en biologie. "On a surtout en commun d'avoir l'esprit critique et d'être allergique à l'intox."

Et les fausses informations sont nombreuses : les vaccins (rougeole et grippe en tête) donnent la maladie contre laquelle ils sont censés protéger, le vaccin ROR provoque l'autisme (merci Wakefield), le vaccin contre l'hépatite B favorise la sclérose en plaques et d'autres maladies auto-immunes…  Autre contre-vérité fréquemment répandue : si les maladies mortelles comme la variole ont disparu, c'est grâce aux progrès de l'hygiène et de l'alimentation, et non aux vaccins. "La chute du nombre de cas d'hépatite B dans les années 1990? A part un nouveau parfum de gel douche ou le papier toilette triple épaisseur, je ne vois pas", raille Vaxxeuse n°1.

Mais avec les antivax les plus extrêmes, le dialogue est impossible. Enfermés dans leurs certitudes, ils ne prennent pas la peine de lire les commentaires de leurs opposants… quand ils ne les ont pas déjà bloqués ou signalés sur le réseau social. "Ils disent une chose et son contraire dans la même phrase et ils ne s'en rendent même pas compte", se désespère Vaxxeuxe n°3.

Identifiés comme des ennemis, au même titre qu'Agnès Buzyn, les membres des Vaxxeuses font l'objet...

 d'insultes quasi-quotidiennes et parfois de menaces. "Certains d'entre eux veulent savoir qui on est, ils cherchent à nous exposer", confesse Vaxxeuse n°1. D'où la nécessité de préserver l'anonymat des membres.

D'autres antivax sont heureusement plus "modérés". Opposés à l'obligation vaccinale, ils défendent "la liberté de choisir", expliquent les Vaxxeuses, qui parviennent à discuter avec certains d'entre eux. Mais leur action cible surtout la majorité plus silencieuse des "hésitants", composée, par exemple, de parents inquiets face aux prétendus effets secondaires des vaccins. "On est souvent contactés en message privé par des gens qui nous demandent comment répondre à leur proche", relève Vaxxeuse n°3. Quand ils parviennent à faire "redescendre" un "hésitant", c'est une victoire qui justifie tous leurs efforts.

Etonnamment, les Vaxxeuses ont parfois affaire à des professionnels de santé, notamment à des infirmières. "Il y a beaucoup de discussions sur le vaccin contre la grippe, le fait qu'on les oblige à vacciner les personnes âgées par exemple", déplore Vaxxeuse n°3. "Tout de suite, ils sortent l'argument d'autorité : 'je travaille dans le milieu médical'", relève Vaxxeuse n°1. 

 

Les antivax n'hésitent d'ailleurs pas à mettre en avant les professionnels de santé qui leur apportent une caution scientifique tels que le pharmacien Serge Rader, le chirurgien Andrew Wakefield, dont l'étude (grassement payée par un cabinet d'avocats) a été pourtant retiré du Lancet, ou encore le Pr Henri Joyeux. Sa pétition de 2016 alertant sur les dangers de l'Infanrix-Hera, partagée en masse sur Facebook, a cumulé plus de 1 million de signatures à ce jour.

Face à cette propagande moderne, les autorités sanitaires françaises sont démunies. "Quand Agnès Buzyn dit que les vaccins sont sûrs à 100%, elle a tort. Rien n'est sûr, ni efficace, à 100%. Il faut faire preuve de plus de pédagogie", estime Vaxxeuse n°3. Alors que certains groupes luttant contre la désinformation vaccinale sont subventionnés aux Etats-Unis, en France, les pouvoirs publics ne les ont pas encore identifiés comme une ressource. Les Vaxxeuses ne se découragent pas pour autant. "On touche beaucoup plus de monde que l'on ne pensait", se félicitent-ils.

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