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"Je suis comme Antigone, je crois en ma justice" : portrait d’une future généraliste qui lutte contre les discriminations en santé

A l’aube de ses 28 ans, Myriam Dergham est de ces personnalités que rien ne semble pouvoir arrêter. En deuxième année d’internat de médecine générale, la Stéphanoise poursuit en parallèle ses recherches en sociologie sur les discriminations en santé, entamées à son entrée à la faculté. Après s’être attaquée, non sans encombre, aux dérives de l’esprit carabin, elle se plonge désormais – quand elle n’est pas à l’hôpital – dans les formes de stigmatisation des patients. Avec l’espoir de transmettre un enseignement à ses futurs confrères. Une mission essentielle pour cette combattante de l’injustice. Rencontre.   

 



"Il faut être un peu fou pour faire ça !", reconnaît Myriam Dergham, amusée, en nous racontant son impressionnant parcours. La jeune femme de 27 ans s’est levée tôt ce mercredi 22 mars pour prendre le train de Saint-Etienne, direction Paris. Dans deux jours, elle tiendra une conférence sur le syndrome méditerranéen au Congrès du Collège de médecine générale (CMG) – un sujet sur lequel elle a corédigé un article paru fin 2020 dans la revue Médecine. Mais avant cela, l’interne de deuxième année de MG, qui est aussi doctorante en sociologie, doit enchaîner les rendez-vous au pas de course pour sa thèse de sciences, qui porte sur le VIH. Le temps est compté, son planning – largement occupé par ses 50 heures hebdomadaires à l’hôpital – est millimétré. "Depuis que je suis petite, je fais 12 000 choses à la fois. J’ai beaucoup d’énergie à canaliser."

C’est en deuxième année de médecine que la jeune Stéphanoise, au profil "plutôt littéraire", s’est intéressée aux enjeux sociaux des politiques de santé, profitant de l’ouverture d’une filière de l’IEP de Lyon dans sa ville. Lors de son externat, la native de l’ancienne cité minière – où sa famille est arrivée "des colonies" pour travailler, entame un master de recherche avec Sciences Po. A ce moment-là, l’étudiante qui gravite dans un milieu LGBT prend conscience qu’elle veut travailler avec des populations "délaissées du système de soin". Faire seulement de la médecine ? "Je ne pense pas que ça m’aurait suffi", estime aujourd’hui la future généraliste, pour qui les sciences sociales sont indispensables à la pratique médicale. "On soigne un humain."

Elle rencontre le Pr Rodolphe Charles, à l’initiative de ce master. Ce dernier a pour projet de monter un diplôme universitaire sur l’accès à la santé et la lutte contre les discriminations*, dédié à l'accueil et à la prise en charge des personnes trans. Investie à 200%, Myriam Dergham participe au comité de pilotage de ce DU. En parallèle, elle accumule les formations (DU de santé sexuelle, diplôme en transidentité, DU d’addictologie, de gynécologie). "Je trouvais que certains MG étaient à côté de la plaque sur certains sujets, confie la jeune femme. Un ami trans, par exemple, s’est rendu chez son médecin pour une gastro. On lui a dit qu’on ne savait pas [ce qu’il avait]. Alors que c’est une gastro, il faut donner du Smecta !"

Loin de vouloir "stigmatiser" ou pointer du doigt les médecins, l’interne soulève des lacunes dans l’enseignement des futurs praticiens. "Certains cancers lymphoïdes qu’on nous apprend sont finalement bien plus minoritaires que la population transgenre." Myriam Dergham décide de prendre le problème à bras le corps, comme investie d’une mission au service des "invisibilisés". "Il fallait que quelqu’un s’en occupe." Elle donne désormais des cours dans le DU d’accès aux soins, mais aussi en première année de médecine à Saint-Etienne, et même à Paris, dans le cadre du DU de santé sexuelle. "Bourrée de convictions", elle veut faire changer les choses.

"Je pense aussi que j’ai fait tout cela en me disant que lorsque j’aurai fini mes études, je pourrai lancer ma maison de santé avec la patientèle que je veux, parce qu’elle sentira qu’il y a des compétences derrière", explique la jeune femme, l’air déterminé. Si elle n’est pas encore diplômée, la future généraliste trace déjà d’un trait affirmé son avenir. Elle s’est entourée de kinés et de psychologues en vue de bâtir une structure "orientée santé communautaire". "Une safe place", précise-t-elle, où l’on pourra parler des violences faites aux femmes, d’addiction, d’avortement, d’homosexualité, de transidentité, etc. Tenace, Myriam Dergham entend mener ce projet tout en gardant un pied à l’université et en continuant l’enseignement et la recherche. "Certains le font : 3 jours au cabinet, un jour à la faculté, un jour de recherche…"

 

Sacrifices

Impossible ne semble pas faire partie de son vocabulaire. Mais force est de constater que cela devient compliqué de tout mener de front. "Plus j’avance et plus les gens attendent que je fasse des choses", explique cette bourreau de travail, qui "culpabilise" lorsqu’elle doit décliner une invitation pour présenter ses travaux parce qu’elle est "sous l’eau". L’an prochain, l’interne a décidé de faire une année de pause pour se consacrer à sa thèse sur le VIH. Avec, en tête, l’idée de faire par la suite une thèse de sociologie sur les discriminations que subissent les malades du Sida. Enfant, elle avait voulu devenir médecin pour faire de la recherche sur le virus, sa mère étant "fan de Freddy Mercury", se rappelle-t-elle, souriant. Un rêve "un peu étrange" qu’elle touche désormais du doigt.

A l’aube de ses 28 ans, la jeune femme au regard noir et aux boucles ébènes tombant sur les épaules admet tout de même qu’elle a "sacrifié beaucoup de choses" pour en arriver là, et porter la voix de ceux qu’on n’écoute pas dans les congrès, les conférences, les salles de cours, tout en essayant de devenir une meilleure médecin chaque jour. A commencer par sa vie personnelle. "Je ne voyais pas forcément ma vie comme ça à mon âge", reconnaît la Stéphanoise qui habite sur la colline en face de chez ses parents, près de l’hôpital Nord. Lorsqu’elle ne porte pas la blouse, elle est plongée dans ses articles de socio… et inversement. "Je n’ai trouvé personne qui supporte quelqu’un qui travaille autant", confie-t-elle. Mais à ce jour, elle n’éprouve aucun regret : "ça a toujours été mon choix. J’en suis heureuse"

 

Plainte

Elle y a toutefois laissé quelques plumes. En particulier lorsqu’elle s’est embarquée dans la recherche des risques psychosociaux des externes, en 2017. Un travail titanesque qui l’a poussée à faire sa cinquième année de médecine en deux ans. Et surtout éprouvant… La jeune femme s’est rendue pour ses travaux dans...

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