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Médicament à l'unité : une "fausse bonne idée"

Le 27 novembre, les députés ont approuvé en commission un amendement LREM au projet de loi anti-gaspillage, généralisant la dispensation de médicaments à l'unité en pharmacie à partir du 1er janvier 2022
L'amendement au projet de loi anti-gaspillage généralisant pour 2022 la dispensation de médicaments à l'unité n'est pas vu d'un bon œil par les professionnels, qui alertent sur ses conséquences.

  

Expérimentée avec succès du temps de Marisol Touraine, la dispensation de médicaments à l'unité est l'un des engagements de campagne d'Emmanuel Macron. Le 27 novembre, les députés ont approuvé en commission un amendement LREM au projet de loi anti-gaspillage, généralisant la dispensation de médicaments à l'unité en pharmacie à partir du 1er janvier 2022.

Reprise par le Gouvernement, la mesure vise à réduire le gaspillage de médicaments, estimé à 1,5 kilo par an et par Français. "Les médicaments concernés par cette possibilité seront, dans un premier temps, limités à quelques antibiotiques, pour lesquels l'intérêt d'une dispensation à l'unité est le plus évident", propose l'amendement gouvernemental, qui laisse au pharmacien le choix du mode de délivrance.

Mais pour le Leem, syndicat des industriels du médicament, la mesure est "une fausse bonne idée". Elle risquerait "de mettre en cause la qualité des médicaments, leur sécurité et leur traçabilité jusqu'aux patients sans apporter de solution probante au gaspillage de médicaments", alerte le syndicat, qui pointe plutôt les "prescriptions inappropriées" et la "mauvaise observance des patients". Les industriels soulignent par ailleurs que la mesure ne génèrera pas les économies escomptées, puisque les pharmaciens devront être rémunérés pour ce surcroît de travail. Après avoir investi des "dizaines de millions" pour la sérialisation par boite, et non plus par lot, conformément à une directive européenne, les fabricants ont du mal à avaler la pilule. "Les conditionnements correspondent à la posologie indiquée par la notice et validée par les autorités sanitaires", fait encore valoir Philippe Lamoureux, le directeur général du Leem. "Le déconditionnement est inapproprié pour la majorité des traitements qui sont chroniques."

Pour le Dr Olivier Veran, député LREM et neurologue, le projet, bien que séduisant, "se heurte au principe de traçabilité des médicaments. A ce jour je ne crois pas que nous ayons identifié une solution technique. Préalable à toute velléité de légiférer", dit-il. Bernard Leroy, le directeur de l'Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments, alerte lui aussi sur des problèmes potentiels de falsification. "Il y a des risques phénoménaux à perdre l'identification des médicaments par leur blister, la boîte et la posologie", estime-t-il. Sans oublier les notices.

Même les pharmaciens ne semblent guère convaincus. "Tout le monde est d'accord pour mettre en place des mesures contre le gaspillage. La question est de trouver comment atteindre cet objectif", estime Carine Wolf, présidente de l'Ordre des pharmaciens, qui doute de l'éventuel gain écologique en raison des contenants qui seront nécessaires pour distribuer les comprimés.

[Avec AFP]

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