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L'édito de la semaine : "Merci Dame Sécu !"

L'actualité socioprofessionnelle vue par le Dr Alain Trébucq, directeur des publications de Global Média Santé.

 

 

 

 

 

Merci, Dame Sécu !

Les États-Unis deviennent l’épicentre de la pandémie et le pays comptabilisant désormais le plus de cas d’infections à Covid-19, triste record. Les conséquences vont probablement y être dramatiques pour au moins trois raisons.

La première est le retard du Président Trump à considérer la menace avec le sérieux et le réalisme nécessaires. Il est vrai que l’effondrement de l’activité économique consécutive à un confinement général tel que déjà appliqué pour plus d’un tiers de l’humanité, anéantira très probablement ses chances d’être réélu. Ce d’autant que si l’épidémie continue de se propager au rythme actuel, proprement vertigineux, ses déclarations récentes de minimisation de la menace vont sérieusement le desservir. Ses adversaires démocrates ne manqueront pas de les utiliser à son encontre lors du sprint final.

La deuxième résulte de l’acharnement de Donald Trump à défaire ce que son prédécesseur a fait, en particulier l’Obamacare. Si bien que des dizaines de millions d’Américains ne sont pas couverts par une assurance maladie, des dizaines de millions également ne touchent pas d’indemnités en cas d’arrêt de travail. Tant qu’ils seront en mesure de le faire, ces millions d’individus feront tout pour éviter de devoir faire appel au système de santé ou se mettre en arrêt de travail. Ceux qui seront porteurs peu symptomatiques du Covid-19 contribueront ainsi à la diffusion massive du virus.

La troisième est la conséquence de la politique répressive de l’administration Trump contre l’immigration et les personnes en situation irrégulière sur le sol américain. Compte tenu de leur double risque, d’emprisonnement puis d’expulsion, ces personnes, en cas d’infection symptomatique, répugneront à se manifester auprès des structures de santé, de peur d’être embastillées. En conséquence, elles se comporteront bien involontairement comme des bombes virales à fragmentation.

"Que des cliniques privées aient eu des lits de réanimation vides au moment où, dans la même région, les hôpitaux publics se trouvaient débordés, est un véritable scandale sanitaire"

Le drame sanitaire qui se dessine aux Etats-Unis met en perspective la chance que nous avons de vivre en France, sous la protection de la Sécurité sociale et de l’Assurance maladie universelle. Même si nous aussi payons un très, trop lourd, tribut à cette épidémie. L’universalité de notre Assurance maladie est une valeur fondamentale à laquelle nous serons demain plus attachés que jamais. Pour autant, cette épidémie aura révélé nombre de faiblesses qu’il serait impardonnable de ne pas corriger au sortir de ce drame sanitaire.

-L’anticipation. Que l’on puisse aborder une telle menace sans matériels de base en quantités suffisantes, les masques notamment, est indigne de la sixième puissance économique mondiale. Ce d’autant qu’un stock suffisant de masques existait il y a moins de dix ans, preuve que le risque épidémique n’était pas ignoré des décideurs politiques.

-La dotation santé. Depuis près de deux décennies, l’Ondam est sous-doté, compte tenu du vieillissement démographique, de la croissance exponentielle du nombre de patients chroniques, du coût des progrès, qu’ils soient médicamenteux ou technologiques. Si on veut conserver un système de santé efficace, il faudra savoir en payer le prix, ce qui ne signifie pas pour autant relâcher les efforts contre les gaspillages.

-La coordination des acteurs. Notre système de santé s’organise autour de l’hôpital public. Que des cliniques privées aient eu des lits de réanimation vides au moment où, dans la même région, les hôpitaux publics se trouvaient débordés, est un véritable scandale sanitaire. Que les médecins libéraux n’aient pu naturellement trouver leur place dans la gestion de cette épidémie est un nouveau révélateur de l’absence de vision d’un système de santé intégré, dont les équipes de soins primaires doivent être la plaque tournante.

-L’indépendance sanitaire. Cette crise est révélatrice de notre dépendance sanitaire à l’égard de puissances étrangères, à commencer par la Chine. Nos capacités de produire des masques tout autant que les principes actifs de nos principaux médicaments, antibiotiques compris, sont quasi nulles. Cette dépendance sanitaire n’est pas acceptable. Quand on parle de réindustrialisation du pays, commençons par les industries de santé !

-La formation sanitaire. Le peuple français – et, à ce titre, il ne fait pas exception – n’a aucune formation sur les bonnes attitudes à adopter en temps de crise épidémique. Or il ne fait pas de doute que d’autres épidémies surviendront. Elles jalonnent l’histoire de l’humanité, et le 21e siècle n’y fait pas exception, qui aura connu, en vingt ans, les menaces de la grippe aviaire et de H1N1, les tristes réalités d’Ebola et maintenant du Covid-19. Sans doute fut-ce une erreur de dissoudre en 2016 l’Eprus (Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires, créé en 2007) au sein de Santé publique France.  

Notre système de santé est l’une de nos richesses, sans doute la plus précieuse. Il est grand temps de lui redonner son lustre et, pour cela, de s’en donner les moyens. Nous sommes collectivement assez riches pour cela, c’est un choix de société où, pour la santé, chacun reçoit en fonction de ses besoins et donne en fonction de ses moyens.

N’ayons pas la mémoire courte !

 

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