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"Croire que vous n’êtes qu’étudiants est une plaisanterie" : un docu suit 5 internes jetés dans le grand bain des urgences

En salles depuis hier, le documentaire d’Éric Guéret Premières urgences suit les premiers pas de cinq jeunes internes aux urgences de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis. Empreints de doute, Amin, Mélissa, Hélène, Lucie et Evan se retrouvent plongés dans un univers souvent dégradé (manque de personnels, de lits, matériel défectueux), parfois violent, mais où l'humanité subsiste comme une lueur d’espoir. Chronique.

 

"Je gueule beaucoup, ça me coûte moins cher qu’une psychanalyse." Le Dr Mathias Wargon, chef du service des urgences et du Smur de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis, ne mâche pas ses mots sous le regard attentif et plein de timidité des nouveaux internes. Amin, Mélissa, Hélène, Lucie et Evan sont arrivés ce matin dans le service. Ils viennent de réussir leur ECN et entament leur premier semestre d’internat de médecine générale. Le premier saut dans le grand bain. Nous sommes en novembre 2020. Les cinq jeunes resteront aux urgences jusqu’à la fin du mois d’avril 2021.

"L’idée, c’est vous passiez six mois bien, que vous vous fassiez plaisir, que vous appreniez la médecine", explique leur nouveau patron, qui met aussitôt les choses au clair : "Vous êtes médecins, vous êtes internes, vous avez un rôle à l’hôpital. Croire que vous n’êtes qu’étudiants est une plaisanterie. Vous avez des responsabilités." Le silence se fait autour de la table. Les regards vers la caméra d’Éric Guéret encore un peu fuyants. Le réalisateur, spécialiste de l’immersion, a été autorisé à suivre la vie du service durant toute la durée du semestre.

L’heure est au choix des blouses blanches. A peine enfilés, il faut prendre en charge ses premiers patients. La galère commence pour Amin qui reçoit deux jeunes hommes – dont l’un est blessé au visage – qui ne parlent qu’Anglais. "C’est compliqué, hein", lance Mélissa au documentariste, face à un patient en état d’ébriété qui ne répond pas. Lucie prend le relai. Mélissa se rend au chevet d’un homme âgé qui a des difficultés à respirer : "ça va être compliqué", répète-t-elle.

On la retrouve au self. "J’ai peur de mal faire, et qu’après on me le reproche. Donc parfois, je préfère ne rien faire alors qu’il y a des choses pour lesquelles je suis sûre de moi. Mais je préfère demander pour qu’on ne vienne pas me le reprocher. C’est tout", confie-t-elle à Lucie, sa camarade, qui se sent elle "plutôt bien", même si "prendre des décisions quand on est seule est stressant". "On ne veut pas avoir de décès sur la conscience", renchérit Mélissa.

La réunion de service à laquelle elles s’apprêtent à assister ne va pas franchement les rassurer. "Hier je me pointe à 17h30, je tombe sur un énorme bordel dû uniquement au fait que les gens n’ont pas travaillé", lance le Dr Mathias Wargon aux praticiens seniors. "Tout le monde voit que les patients s’accumulent et personne ne fait rien. C’est d’autant plus inadmissible qu’on laisse la charge de travail aux gens qui sont de garde !" s’agace-t-il.

L’urgentiste ajoute qu’il a reçu une plainte d’une patiente prise en charge pour une plaie dans le service en 2013, lorsqu’il n’était pas encore en poste. "Personne ne lui a fait le tétanos. Aujourd’hui, elle a un tétanos et elle est en fauteuil roulant. C’est une faute […] Toutes les plaies s’accompagnent d’un test antitétanique", rappelle-t-il avant de couper court : les patients arrivent en nombre, tout le monde doit repartit s’affairer.

Un patient qui "aurait des antécédents connus de toxicomanie" arrive inconscient. Il aurait fait un coma éthylique. Les personnels s’activent pour "éviter l’intubation". Evan l’emmène au scan. Le résultat se veut rassurant. Hélène est dans un box voisin, et cherche à comprendre ce qui est arrivé à une personne âgée, accompagnée par son fils. Difficile, car sa patiente ne parle plus depuis plusieurs mois. Dans les couloirs, les personnels s’activent. Le service est plein à craquer. Le Dr Wargon informe la direction de la situation, impuissant.

 

Face à la violence, ne jouez pas aux "héros"

Outre les urgences "classiques", la deuxième vague de Covid frappe les hôpitaux, en particulier ceux d’Ile-de-France. Lucie prend justement en charge un patient positif qui ne s’alimente plus. Sa fille est inquiète, elle ne l’a jamais vu dans un tel état. Il faut l’hospitaliser, mais il n’y a plus de lit Covid disponible. "C’est très mal fait leur site", peste l’interne, qui cherche à trouver un lit pour son patient dans un autre hôpital. Mission réussie : une place lui est réservée à La Pitié Salpêtrière. Lucie exulte. "Ah, ça, c’est fait", soupire-t-elle, soulagée.

Viennent les premières gardes. C’est Amin qui s’y colle : "Je vais essayer de ne pas faire de massacre", plaisante-t-il. Il...

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