"Pourquoi je vais continuer à défriser un certain nombre de médecins" | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

"Pourquoi je vais continuer à défriser un certain nombre de médecins"

Régulièrement, Egora vous invite à lire des billets de médecins blogueurs. Aujourd'hui nous publions celui du célèbre Dr Martin Winckler, auteur de la Maladie de Sachs ou encore du Chœur des femmes. En plein débat sur les violences obstétricales, il n'hésite pas à malmener les médecins et "encourager les citoyen.ne.s qui luttent contre la maltraitance médicale à ne pas se laisser abattre ou (museler) par des "arguments" qui n'en sont pas ".

J'écris des textes critiques à l'encontre des institutions médicales françaises depuis le début des années 70. (Je n'étais pas "connu", à l'époque, mais j'écrivais déjà et j'étais parfois publié. Pour celles et ceux que ça intéresse, un certain nombre de textes rédigés entre 1975 et le début des années 2000 ont été recueillis dans En soignant, en écrivant.)

Par le terme "institutions médicales" j'entends en particulier (la liste n'est pas exhaustive) :

- l'Ordre des médecins (certains de ses membres sont probablement des gens biens, mais l'Ordre lui-même... Oh, il y aurait tant à en dire...)

- les syndicats et groupes d'intérêts de médecins

- les facultés de médecine, CHU et structures hospitalières

- les réunions (formelles ou non) médicales à visées corporatistes (elles ne le sont pas toutes)

- les congrès, symposiums, revues et organismes de formation médicale continue financés par l'industrie (elles ne le sont pas toutes).

En dehors des (rares) moments où je cite une personne condamnée par la justice ou dont les propos discutables ont été diffusés par des médias publics ou professionnels, mes critiques visent toujours ces institutions et leur "culture d'entreprise", non les personnes elles-mêmes.

Face à un texte ou à un livre attaquant un groupe constitué ou une institution, les membres de cette institution ont plusieurs possibilités de réagir. L'une d'elles - c'est la plus légitime - consiste à lire le livre, à l'analyser et à répondre aux critiques l'une après l'autre. (Evidemment, ils peuvent le passer sous silence, ce qui est leur droit absolu ; et du silence... il n'y a rien à dire.)

Pourtant, un certain nombre de médecins se sentent personnellement visés par mes propos sans avoir été explicitement nommés - et parfois même sans m'avoir lu... Ils devraient peut-être s'interroger sur leurs propres tendances paranoïaques (nous y reviendrons) mais, comme ils ne le font pas, je reçois régulièrement des accusations surprenantes.

J'énumère ci-après ces différentes réactions pour montrer ce qu'elles ont de fallacieux.

Ce billet vise avant tout à encourager les citoyen.ne.s qui luttent contre la maltraitance médicale à ne pas se laisser abattre (ou museler) par des "arguments" qui n'en sont pas et qui, on le verra, leur sont parfois adressés.

***

Depuis vingt ans, les réactions négatives qu'on m'a le plus souvent décochées, de La Maladie de Sachs (* - voir note en fin d'article) aux Brutes en blanc - sont toujours les mêmes :

 

"Vous généralisez"

L'argument de mauvaise foi de la personne qui n'a pas lu ce qu'elle dénonce. Décrire des comportements spécifiques, c'est le contraire de la généralisation. Décrire une culture ou un mode de pensée collectifs, ce n'est pas non plus généraliser. Si je dis : "La société martienne est sexiste" - en donnant des exemples institutionnels ou médiatiques précis, est-ce que tout le monde en tire comme conclusion que tous les Martiens le sont ? Non. Certains seulement le font. Les autres captent la nuance. Je suis responsable de ce que j'écris, mais vous êtes responsable de la manière dont vous le lisez et le comprenez. Et si vous n'êtes pas sûr d'avoir bien compris, alors il suffit de relire : c'est écrit noir sur blanc. Encore faut-il mettre ses apriori et ses réactions épidermiques (voir plus bas) en sourdine.

(J'ajouterai qu'il m'est arrivé plus d'une fois, après avoir été interpellé sur un mot ou une expression par un lecteur ou une lectrice attentive et non agressifs, de rectifier en disant "Effectivement, ce n'est pas ce que je voulais dire". Je ne suis ni un robot, ni aussi obtus que certains le prétendent. Mais on ne peut faire ça que lorsqu'on a affaire à des lecteurs/trices civils.)

 

"Vous inventez ! Mon expérience personnelle a été tout autre/J'ai jamais entendu ça pendant ma formation. "

 

Ce motif est aussi irrecevable - et irrationnel - que de dire (par exemple)

"La violence conjugale n'existe pas ; mon/ma conjoint.e et moi, on s'entend parfaitement bien".

ou encore

"La gravité n'existe pas : je ne suis jamais tombé."

C'est une posture égocentrique et pas scientifique du tout : l'expérience d'un médecin n'englobe pas...

32 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…