FMC : 10 points clésHyperkaliémie : mécanismes étiologiques

Il est nécessaire d’exclure une pseudohyperkaliémie, d’évaluer la fonction rénale et d’analyser les traitements et les apports.

12/06/2026 Par Dr Marc Bonnefoy
  1. 01
    Point formation n°1

    L’hyperkaliémie est définie par une élévation anormale du taux de potassium dans le sang. Elle résulte de mécanismes physiopathologiques bien identifiés. Afin d’en comprendre l’origine et d’assurer une prise en charge efficace, il est essentiel de distinguer les différents mécanismes en cause. Trois grands axes principaux permettent de regrouper les causes : la diminution de l’élimination rénale du potassium, la libération ou le transfert cellulaire de potassium vers le compartiment extracellulaire, et enfin l’excès d’apport ou la pseudohyperkaliémie.

  2. 02

    Avant toute prise en charge, il convient d’écarter une fausse hyperkaliémie – ou pseudohyperkaliémie – liée à l’hémolyse du prélèvement, à un prélèvement difficile (garrot trop serré, poing serré) ou à une thrombocytose ou à une leucocytose massive.

  3. 03

    En cas de diminution de l’élimination rénale (insuffisance rénale aiguë ou chronique), la baisse du débit de filtration glomérulaire ou de la sécrétion tubulaire de potassium favorise l’accumulation de ce dernier dans le compartiment extracellulaire.
    En outre, la sécrétion de potassium dans le tube collecteur dépend notamment de la quantité de sodium livré et du flux tubulaire libre. Toute hypoperfusion rénale, déplétion volémique ou obstruction tubulaire peut réduire cette capacité.

  4. 04

    En cas d’hypoactivité ou déficit en aldostérone (maladie surrénalienne, iatrogénie) ou d’acidose tubulaire rénale (RTA de type 4), la sécrétion de potassium par le canal collecteur est altérée, favorisant l’hyperkaliémie.

  5. 05

    Concernant les médicaments diminuant l’excrétion de potassium, les inhibiteurs du système rénine-angio-tensine-aldostérone (IEC, ARA 2), les diurétiques épargneurs de potassium (spironolactone, éplérénone, amiloride), les AINS, l’héparine, certains immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus), la digoxine et certains anti-infectieux (triméthoprime-sulfaméthroxazole) peuvent entraîner un excès de potassium.

  6. 06

    L’acidose métabolique, l’hyperglycémie/insulinopénie, les bêtabloquants non sélectifs, la lyse cellulaire massive (rhabdomyolyse, hémolyse, brûlures, syndrome de lyse tumorale) ou la succinylcholine (utilisée en anesthésie ou en réanimation) provoquent une sortie de potassium des cellules par transfert cellulaire vers l’espace extracellulaire.

  7. 07

    Bien que rarement suffisant seul, un apport élevé de potassium, par les substituts de sel, une nutrition entérale ou parentérale riche en potassium ou des transfusions sanguines rapprochées, peut déclencher une hyperkaliémie si la fonction rénale est altérée.

  8. 08
    Point formation n°8

    Une réduction de l’activité de la pompe sodium-potassium ou des mécanismes de captation cellulaire (insulinopénie, bêta-2-agonistes absents, hypomagnésémie) diminuent le stockage intra-cellulaire de potassium, augmentant son niveau plasmique.

  9. 09

    Certaines atteintes tubulaires (néphropathie diabétique, obstruction chronique, syndromes tubulaires génétiques) altèrent la capacité de sécrétion de potassium dans le canal collecteur, même en l’absence d’insuffisance glomérulaire majeure.

  10. 10

    En pratique, l’hyperkaliémie est souvent le résultat de plusieurs mécanismes simultanés (insuffisance rénale + traitement hyperkaliémiant + acidose + apport augmenté), ce qui rend l’approche étiologique systématique indispensable. Une prise en charge adaptée est essentielle pour diminuer le risque de complications cardiaques graves et optimiser la gestion globale du patient.