Diabète de type 1 précoce : vers un dépistage en population générale à trois âges
Alors que le dépistage précoce se déploie progressivement en France, l’association européenne du diabète (EASD) finalise un consensus qui devrait permettre de disposer d’un calendrier précis pour mener ce dépistage en population générale.
Il y a un an, paraissait le premier consensus international sur la prise en charge des patients au stade 1 du prédiabète de type 1 [1] : le texte visait à guider les praticiens sur le suivi et la prise en charge des enfants ou adultes chez lesquels au moins deux types d’auto-anticorps ciblant les cellules bêta pancréatiques avaient été mis en évidence. En effet, à ce stade, quasiment tous – alors asymptomatiques et normoglycémiques – sont amenés à évoluer vers une forme clinique (stade 3). Il était donc logique que les sociétés savantes trouvent également un consensus sur la façon de conduire ce dépistage : pour quoi, comment et selon quel calendrier ?
Qui et quand ?
Le texte, qui sera prochainement rendu public pour avis auprès de la communauté scientifique, préconise que tous les pays qui en ont les moyens logistiques proposent le dépistage en population générale. Pour mémoire, le risque de progression de la maladie chez les enfants positifs au dépistage est comparable, que ceux-ci aient ou non un risque familial : à 5 ans, ce risque est de 44 % et 42,2 % respectivement [2]. « Si le ciblage des populations à risque peut être un bon point de départ, l’objectif finale est le dépistage de la population générale, pour que tous aient accès aux bénéfices de ce dépistage et aux traitements modificateurs de la maladie » a insisté la Pre Anete-Gabriel Ziegler (Munich, Allemagne).
Le calendrier qui se dessine est celui d’un dépistage à 3 âges de la vie. Les enfants en population générale devraient être dépistés entre 2 et 4 ans, entre 6 et 8 ans, puis entre 10 et 15 ans : la sensibilité du dépistage est alors de 80 % [2-4]. Et les adultes ? « On a peu de données pour émettre des recommandations fortes, mais nous suggérons qu’un dépistage ait lieu après 15 ans si cela n’a pas été fait auparavant ».
L’importance d’un second test confirmatoire
Les recommandations insisteront sur la nécessité de mener un dépistage en deux temps, car les méthodes d’analyse utilisées ne permettent pas d’avoir un outil qui soit simultanément de haute sensibilité et de haute spécificité. Dès lors, le premier test de dépistage devra être très sensible (par exemple par électrochimiluminescence), et le second, hautement spécifique (comme les radiobinding assays), afin d’écarter tout faux positif a décrit le Pr Marian Rewers (Aurora, USA). Ce dépistage en deux temps demande donc des précautions en matière d’information afin de ne délivrer le diagnostic qu’après la confirmation.
Les bénéfices sont évidents : surveiller les sujets dépistés, les éduquer progressivement pour les préparer au diagnostic - s’il arrive -, leur proposer les futurs traitements ou la participation à des essais cliniques, éviter les complications inaugurales de la maladie.
Mais il existe aussi des questions à appréhender : comment gérer l’anxiété liée au dépistage ? Comment faire comprendre qu’un premier test négatif ne permet pas d’écarter le risque ultérieur ? D’autres modalités devront enfin être réglées à l’échelle des pays, en termes logistiques et économiques : infrastructures de dépistage, formation des professionnels impliqués, suivi des sujets dépistés, information et éducation aux symptômes inauguraux, support psychosocial…
[1] Phillip M et al. Diabetologia. 2024 Sep;67(9):1731-1759.
[2] Raab J et al. BMJ Open. 2016 May 18;6(5):e011144.
[3] Steck AK et al. Diabetes Care. 2015 May;38(5):808-13.
[4] Templeman EL et al. Diabetes Care. 2025 Sep 1;48(9):1571-1580.
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Références :
61e Congrès annuel de l’European Association for the Study of Diabetes (Vienne, 15-19 septembre). D’après la session « The emerging consensus for population level screening to detect early stage type 1 diabetes ».
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