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L'essentiel

Quand les veines font parler d’elles…

Evoquer la circulation sanguine, c’est avant tout parler du cœur et des artères, éventuellement du sang, mais la veine est souvent oubliée, comme si le fait qu’elle ait pour fonction de ramener un sang déchargé de son oxygène mais chargé des déchets du catabolisme cellulaire en faisait un réseau secondaire, moins noble que le réseau artériel. Pourtant, le réseau veineux est d’importance, non seulement par sa longueur - 300 kilomètres ! -, mais aussi par sa sophistication puisqu’il doit notamment assurer le retour veineux de l’extrémité de nos orteils au cœur, ce qui est, en position debout, un défi contre les lois de la pesanteur. Mais comme tout système sophistiqué, il est fragile, avec le risque de survenue de la maladie veineuse.

 

La veine, pas moins complexe que l’artère !

Le 1er janvier 2008, le déremboursement des médicaments de la maladie veineuse (phlébotropes ou veinotoniques) a mis cette pathologie sous les feux de l’actualité. Quelle est cette maladie, son importance, les moyens d’y remédier ?

En position debout, la remontée du sang des pieds vers le cœur n’est rendue possible que grâce à un ingénieux système fait d’une pompe et d’un système anti-reflux. La pompe, c’est d’une part l’écrasement de la voûte plantaire, d’autre part la contraction des muscles jambiers à chaque pas, qui compriment le sang contenu dans les veines. Et c’est là qu’intervient le système anti-reflux, fait de petites valvules, à la fois pour assurer une propulsion du sang dans un seul sens, vers le cœur, et pour éviter que la colonne de sang ne retombe entre deux pas ou lors de la station debout immobile. La sophistication des veines ne se réduit pas à cela : c’est aussi leur élasticité, leur capacité à se contracter ou au contraire à se dilater, permettant par exemple au corps d’évacuer un excédent de chaleur (c’est la vasodilatation des petites veines superficielles lors d’un effort physique) ou d’amortir les à-coups liés à des changements de position brutaux, comme lors du passage de la position couchée à la position debout.

 

La femme, victime principale

La maladie veineuse affecte essentiellement les veines des membres inférieurs, certainement les plus sollicitées depuis que l’homme est un bipède. Cette maladie touche préférentiellement le sexe féminin, pour des raisons hormonales, mais aussi certains métiers, en particulier les métiers postés (travailleurs à la chaîne, caissières…) ou impliquant la station debout pendant de longues heures (coiffeurs…). Et il existe très certainement un caractère héréditaire comme en témoignent souvent les filles de femmes atteintes de maladie veineuse.

Les premières manifestations de la maladie veineuse (on parle aussi d’insuffisance veineuse) sont les lourdeurs de jambes, le gonflement des pieds et des chevilles, les jambes douloureuses, les impatiences, cette envie impérieuse de bouger les jambes lors des stations immobiles prolongées. Si rien n’est fait, le réseau veineux va progressivement se détériorer : apparaissent alors des varicosités ou des varices, c’est-à-dire des veines tortueuses et dilatées, la différence entre les deux ne portant que sur la taille des veines dilatées.

La maladie peut ne pas s’arrêter là et continuer de s’aggraver : apparaissent alors des troubles trophiques avec une fragilisation cutanée pouvant aboutir à l’ulcère variqueux, redoutable tant il est long à cicatriser.

 

La maladie veineuse peut être grave, quand elle se traduit par des varices, lesquelles favorisent la survenue de caillots sanguins susceptibles de migrer, provoquant une embolie. Mais cette complication reste rare et dans la très grande majorité des cas, la maladie veineuse reste une maladie bénigne. Cela ne signifie pas pour autant qu’il s’agisse d’une maladie à traiter « par-dessus la jambe » car les personnes qui en sont victimes se plaignent d’une réelle souffrance qui porte atteinte à leur qualité de vie. Et c’est bien ce distinguo entre maladie bénigne et maladie potentiellement sérieuse ou grave qui a créé tant de débats sur les médicaments de la maladie veineuse, accusés un temps de ne pas servir à grand-chose. Accusateurs : les têtes chercheuses d’économies pour alléger le poids de nos dépenses de santé supportées par la collectivité. A l’opposé, les meilleurs défenseurs de ces médicaments sont les patients qui y trouvent un réel soulagement et les médecins de la veine, les angéiologues. En réalité, le débat a fort heureusement évolué et l’efficacité de ces traitements est désormais reconnue par tous ; restait ensuite à décider de leur intégration ou non dans le périmètre des soins pris en charge, au moins partiellement, par l’assurance maladie, ce qui déplaçait le débat davantage vers un débat sociétal que médical. Et ce débat a été tranché : les médicaments veinotoniques ont été déremboursés, ce qui ne signifie pas qu’ils soient inefficaces ou inutiles.

D’autres traitements existent, à commencer par la contention, c'est-à-dire des chaussettes ou bas spéciaux qui contribuent à lutter contre la stase sanguine, c'est-à-dire l’accumulation de sang dans le réseau veineux. Mais beaucoup de femmes préfèrent recourir aux médicaments, ne souhaitant pas de bas de contention aux vertus esthétiques très relatives. Enfin, quand la maladie veineuse est bien plus évoluée, la chirurgie peut être nécessaire.

 

Petites économies, grosses dépenses ?

Comme nous, les Italiens ont déremboursé les veinotoniques. Mais pour eux, c’était en 1994. Et ils en tirent aujourd’hui une expérience pour le moins mitigée. Car dans un premier temps, les consultations pour jambes lourdes ou douloureuses ont en effet diminué. Mais progressivement, les hospitalisations pour complications de la maladie veineuse ont augmenté, jusqu’à dépasser largement les économies initiales faites sur les consultations et les médicaments prescrits.

Conclusion : la maladie veineuse ne doit surtout pas être démédicalisée au prétexte d’un déremboursement de ses médicaments ! En cas de souffrance veineuse, une consultation médicale est recommandée, qui elle, fort heureusement, reste remboursée !

 

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