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L'essentiel

Alcool et santé :  le paradoxe français, mythe ou réalité ?

Dans un pays comme la France, pays de longue tradition viticole et dont l’un des savants les plus renommés, Louis Pasteur, avait déclaré que « le vin est le breuvage le plus sain et le plus hygiénique qui soit », difficile de ne pas souscrire à l’hypothèse du paradoxe français qui voudrait que ce soit grâce à notre consommation de vin que nous vivons plus vieux que dans des pays comparables au nôtre, notamment en terme de richesses. Intoxication ou vérité scientifiquement établie ? 

Le concept du paradoxe français est apparu il y a une trentaine d’années, à l’initiative d’épidémiologistes français, pour expliquer l’apparent paradoxe entre notre mortalité cardiovasculaire, significativement plus faible que celle de nos voisins, en particulier britanniques, et notre alimentation, plutôt grasse, notamment dans une région comme le sud-ouest, terre de confits, de fois gras, de graisse d’oie ou de canard et autres gourmandises. Ainsi, pour 100 000 habitants, la mortalité par maladie coronarienne est de 104 pour les hommes, de 44 pour les femmes quand, au Royaume-Uni, les chiffres sont respectivement de 340 et 157. Comme le régime alimentaire ne pouvait expliquer ces différences très importantes, les épidémiologistes ont émis l’hypothèse que notre consommation de vin, dix fois plus importante que celle des Anglais, nous apportait un effet cardiovasculaire protecteur ; le paradoxe français était né, faisant le tour du monde pour vanter les vertus du bien-manger de notre pays, gratifié depuis toujours d’offrir la meilleure cuisine du monde et les meilleurs vins.

 

Entre bienfaits et méfaits

Cette hypothèse a fait l’objet de nombreuses recherches et certains l’ont étayée en évoquant le rôle des polyphénols dont nos vins rouges sont riches. Mais tout n’est pas si simple car les études épidémiologiques de départ ne sont pas exemptes de reproches. D’une part, l’épidémiologie française, même si elle comble progressivement son retard, n’a pas le degré de sophistication de l’épidémiologie anglo-saxonne ; on peut donc imaginer des biais, par exemple dans l’analyse de l’alimentation des Français ou dans la place des maladies cardiaques dans les causes de décès. Effectivement, la mortalité globale des Français n’est pas inférieure à celle des Anglais et ce que l’on gagne d’un côté, il semblerait qu’on le perde de l’autre. Ainsi, les morts violentes ou directement liées à une consommation chronique et excessive d’alcool (cancers des voies aéro-digestives supérieures, en particulier de la cavité buccale et de l’œsophage, mais aussi cirrhose) sont environ 3 fois supérieures de ce côté-ci de la Manche. Et sans doute que le vrai paradoxe est là : ce que l’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre. Car contrairement au tabac, toxique en toutes circonstances, l’alcool se situerait entre avantages et inconvénients.

Une bonne illustration de cela est son rôle sur la mortalité cardiovasculaire. Il est constaté qu’une consommation modérée s’accompagne d’une amélioration du profil lipidique (augmentation du HDL cholestérol, le « bon cholestérol ») et d’une diminution de la coagulation ; les accidents cardiaques par obstruction (athérome, thrombose) seraient donc diminués. En revanche, la consommation d’alcool provoque une élévation de la pression artérielle, donc une augmentation du risque d’accident cérébrovasculaire par hémorragie.

En conclusion, et afin de clore cette question du paradoxe français, on peut raisonnablement dire que pour donner raison à Pasteur, il faut pouvoir s’assurer d’une consommation raisonnable, si possible inférieure aux seuils recommandés par l’OMS, à savoir deux verres de boisson alcoolisée par jour pour une femme, trois pour un homme.

 

Alcool : un coût social de plus de 37 milliards d’euros !

Or, toute la difficulté avec l’alcool est de rester dans les limites du raisonnable. Preuve de la difficulté : les 45 000 décès qui seraient attribuables annuellement à l’alcool, en faisant la deuxième cause de mortalité évitable de notre pays (après le tabac). En moyenne, la consommation excessive d’alcool est à l’origine de 16% des décès masculins et 3% des décès féminins. Car l’alcool agit comme facteur associé dans l’apparition de nombreuses pathologies, en particulier de nombreux cancers, y compris du sein et du côlon. Mais il est également impliqué dans les accidents de la route (plus d’1 accident mortel sur 4), l’apparition de certains troubles mentaux, les violences (homicides, violences conjugales…).

On évalue le coût social de l’alcool (données de l’année 2000) à plus de 37 milliards d’euros, soit 2,37 % du PIB. La part la plus importante du coût social de l’alcool tient aux pertes de productivité (16 milliards d’euros pour les entreprises), aux pertes de revenus des individus (7 milliards d’euros) et aux dépenses d’indemnisation en cas d’accident (3,5 milliards d’euros). Quant aux dépenses de santé engendrées par l’alcool, elles représentent plus de 6 milliards d’euros répartis en soins hospitaliers (4,3 milliards d’euros) et en médecine de ville (1,8 milliards d’euros). Ces estimations ne tiennent pas compte des crimes et délits commis sous l’emprise de l’alcool et peuvent donc être considérées comme une estimation basse.

 

Quelques données chiffrées

  • En Europe, près de 150 000 cas de cancers pouvaient être directement attribuables à l’alcool pour l’année 2002.
  • La consommation de boissons alcoolisées est la seconde cause de mortalité par cancers évitables, après le tabac.
  • Une forte intoxication alcoolo-tabagique multiplie par 44 le risque de cancer de l’œsophage.
  • La consommation d’alcool augmente le risque de cancer colorectal et de cancer du sein. Pour le cancer du sein, le risque croît de 10 % lorsque la consommation moyenne d’alcool par jour augmente de 10 g, soit un verre.

Questions / Réponses

Comment savoir si je suis dépendant de l’alcool ?

La meilleure façon de le savoir, c’est de ne pas en consommer pendant un jour ou deux et voir si cela vous manque. Si vous ne vous sentez pas bien, si vous ressentez le besoin de boire un verre, alors vous êtes très certainement dépendant.

 

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