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"Sortir du confinement : oui, mais dans quel état ?"

l’appareil productif seront profondes, car on ne peut penser que l’Etat compense indéfiniment les pertes d’activité. De même, les amortisseurs sociaux de l’Etat providence fonctionneront un temps, pas indéfiniment. L’effet de ciseaux recettes-dépenses publiques va en effet être violent (on parle de près de 8% de déficit public, d’une dette bondissant de 12 pts de PIB) et conduira à retirer tôt ou tard les soutiens à l’économie, précipitant la chute de très nombreuses entreprises, et à réguler les dépenses sociales.

En matière sanitaire : les professionnels sont nombreux à alerter sur la baisse drastique de la fréquentation des cabinets de ville et des urgences hospitalières hors Covid-19 ; la réplique sanitaire risque donc d’être elle aussi violente avec des pathologies mal ou non prises en charge pendant de longues semaines, des formes de décompensation chez certains publics fragiles, etc.

En matière d’infrastructures sanitaires et sociales enfin, le tissu aura été lui aussi mis à rude épreuve, sur-sollicité pour une part et en état de déshérence pour toute la partie non directement concernée par le Covid mais désertée par des patients craintifs.

 

Tirer les bonnes leçons

« Rien ne sera plus comme avant » dit-on… Mais rappelons-nous les innombrables situations où l’Histoire a démenti ces belles paroles : la der-des-der, la crise financière de 2008 et les leçons qu’on était censé en tirer… La vérité est que les forces de rappel sont innombrables : les routines des organisations reviendront très vite ; la contrainte budgétaire sera, on l’a dit, incommensurable ; il est difficile de croire que les hiérarchies sociales ou salariales puissent être bouleversées…

Tout au plus peut-on essayer de tirer les bonnes leçons. Dans le champ de la santé :

-Le coût exorbitant de l’oubli de la prévention/précaution ;
-Le paradoxe qui ferait qu’on serve d’abord le curatif à la sortie ;
-Les questions de souveraineté sanitaire et productive ;
-La question de l’articulation ville / hôpital / médico-social éclairée sous un nouveau jour par cette crise ;
-Les questions posées par les populations fragiles elles aussi éclairées de façon inédite ;
-Le sujet des EHPAD, une nouvelle fois dramatiquement exposés ;
-La ductilité de l’administration et la possibilité de bousculer les routines ;
-La possibilité d’ancrer de nouvelles pratiques de recours aux soins (e-santé) et de dispensation.

 

LISA reviendra sur tous ces sujets dans les semaines et les mois à venir.

Concluons provisoirement avec le philosophe Cioran : « Ce que l’on appelle pessimisme n’est rien d’autre que l’art de vivre, l’art de gouter la saveur amère de tout ce qui est ». 2020 : année Cioran ?»

Par le Professeur Yves Ville, chef du Service d'obstétrique et de médecine fœtale à l’Hôpital Necker, membre du bureau de LISA et Stéphane Le Bouler, président de Lisa
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