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"Je n’arrivais plus à m’occuper de mes propres patients" : pourquoi ce généraliste a bloqué ses rendez-vous

"Il était en arrêt maladie donc, avec ma consœur, nous avons fait pas mal de dépannages : du renouvellement de traitement, du suivi de patients chroniques, etc. Puis il a repris le travail et une collaboratrice, tout juste thésée, est venue s’installer avec lui. Pendant presqu’un an, elle nous a pas mal soulagés avec ma collègue, en récupérant quelques patients de ce médecin, qui avait alors repris son exercice. Mais elle avait été claire et avait prévenue qu’elle partirait quelques mois plus tard", explique le Dr Le Lan.

Mais depuis que la jeune collaboratrice a quitté les lieux, le praticien de la commune voisine qui travaillait avec elle "n’honore plus ses rendez-vous", constate, impuissant, le Dr Loïc Le Lan. Pourtant, "il continue d’ouvrir ses plages de rendez-vous, donc les patients prennent rendez-vous, mais à 8 ou 9h du matin, le secrétariat les appelle pour tout annuler. Et c’est comme cela tous les jours... Donc on se retrouve coincés." Résultat, sur son agenda Doctolib, la notification "nouveau patient" est de plus en plus fréquente… Trop fréquente.

Sur une quarantaine de patients vus chaque jour, 7 sont inconnus au bataillon et "prennent la place" de ceux qu’il soigne depuis parfois des années. "Certains de mes patients demandent des rendez-vous et je ne peux pas les honorer parce que je suis déjà pris. Pourtant, j’ai des patients dont je sais qu’ils ont de gros soucis de santé mais je ne peux plus les prendre." Pour tenter de contenter tout le monde, le généraliste a fini par en prendre plus d’un sur des créneaux réservés aux urgences… pour renouveler des traitements. "Il n’y avait plus que cela de libre."

Les délais se sont donc inévitablement allongés : passant de 3-4 jours à une dizaine de jours. Et les remarques de ses propres patients se sont faites plus nombreuses. "Beaucoup m’ont : ‘Dis donc Docteur, ce n’est pas simple pour vous voir !’" rapporte-t-il, "chagriné". A cette pression s’ajoutait aussi celle d’autres malades qui lui demandaient de devenir leur médecin traitant, désemparés : "Ça me fait mal au cœur de dire non aux gens, surtout à ceux qui sont atteints de comorbidités et nécessitent un suivi médical rapproché. Mais si je ne leur dis pas non, je vais me retrouver complètement débordé et passer à 3.000 patients."

 

"Bien fait pour toi !"

C’est donc sans volonté, mais sans autre solution, qu’il a bloqué, début octobre, la prise de rendez-vous sur Doctolib pour les personnes qu’il n’a jamais reçues en cabinet… avec, au fond de lui, un peu le sentiment d’avoir renié ses principes. "Les personnes qui vous harcèlent par téléphone pour avoir un rendez-vous parce qu’ils ont le nez qui coule, on se dit : ‘si j’avais su, je ne l’aurais pas pris’. A côté de ça on a des personnes qui insistent, mais de façon légitime : elles n’ont plus de médicaments, des comorbidités. Le pharmacien les a déjà gentiment dépannées une à deux fois. Mais il arrive un moment où le pharmacien ne peut plus. Et c’est là que ça me chagrine."

"On est obligé de faire un choix, un tri. Lorsque ce sont nos propres patients, on peut dire ‘celui-ci peut attendre, ce n’est pas bien grave’. Mais quand on ne les connaît pas, on peut avoir des surprises", ajoute le généraliste. "Par exemple, une patiente du médecin qui se trouvait en arrêt maladie est venue me voir un jour : je lui ai diagnostiqué une récidive de son cancer. Comme on savait que son médecin serait absent un petit moment...

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