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"Pourquoi je ferme mon cabinet" : un jeune généraliste raconte comment il s'est brulé les ailes

prendre 2 semaines pour être auprès de madame et de mes filles. Je n'ai même pas pu compter le nombre de réactions outrées concernant ces deux semaines de "congés".

C'est là que je prends enfin conscience de ma connerie. Mais trop tard. Ma file active est de 2120 patients. Je n'ai plus envie d'aller travailler. Je dois me botter le derrière tous les matins pour monter dans la voiture. Alors je réagis, je prends un petit interne en formation.

Je me dis que ça me forcera à ralentir, et qu'un d'entre eux s'installera peut-être avec moi après son internat pour me soulager. Mais comme je suis vraiment très bête... Ben je ne ralentis pas. En fait je compense mes consultations plus longues avec lui en bossant plus les autres jours.

Les patients râlent : "ben oui, le Dr il est de repos le vendredi maintenant, on doit attendre le samedi quand on a un problème". "Et puis il refuse de venir au domicile quand on peut se déplacer, avant le Dr Trucmuche venait même à 2h du mat pour la rhino du petit".

Je pose les stérilets, je fais les frottis, je fais les fins de vie à domicile, je fais de la psychothérapie, des sutures, fendre des plâtres, de l'HAD, etc... Mais j'ai l'impression d'être un quadrimoteur avec 3 en flammes et les passagers demandant qu'on accélère...

A ce sujet, et parce que beaucoup lui tapent dessus, je dois dire que la CPAM a été top à mon égard. Toujours conciliants, toujours de bonne volonté, ils n'ont clairement pas contribué à ma détresse. Que ce soit ma DAM, les CIS, etc...

Nous sommes fin 2019. Je tiens parce que je dois tenir. L'envie est totalement morte. Je n'en peux plus.

Et alors arrive le truc improbable et auquel personne ne s'attend : le Covid.

Je ne vous refais pas l'histoire sur le b**** monstre que ça a causé, mais de façon paradoxale ça m'a boosté car je me suis senti comme à nouveau investi de ma mission : aider mes patients en détresse, leur porter secours.

Ben c'est la douche froide. Oui j'ai bien secouru quelques patients en détresse respiratoire chez eux, mais j'ai surtout subi des appels menaçants "parce que je suis fragile et que si vous ne m'arrêtez pas et que j'attrape le Covid ce sera de votre faute".

C'est là, au printemps 2020 que j'ai décidé que j'allais arrêter d'être médecin généraliste en libéral. Mais ça ne s'est pas fait d'un coup. Un peu comme le passage curatif/palliatif, ce fut une sorte de transition, lente sur 6 mois.

Et cela s'est cristallisé sur une plage espagnole en octobre 2020. Je regardais mes enfants rire en jouant sur la plage (à se lancer du sable mouillé, parce que franchement y'a rien de plus drôle à faire sur une plage). La suite ça a été beaucoup de doutes, de comment je l'annonce, quand je l'annonce, qu'est-ce qu'on va dire de moi, je suis un monstre, ils vont me démolir, c'est un vrai désert médical, etc...

Eh bien vous savez quoi ? La...

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