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Certificats de virginité : "Punir les médecins ne résoudra pas le problème du séparatisme"

juste besoin d’une espèce d’autorisation à épouser l’homme que leur famille a choisi pour elles. Cette autorisation, c’est d’être vierge, sinon les mecs ne vont pas les épouser. Elles, tout ce qui peut les aider à tricher et à convaincre leur futur époux, cela leur convient. Elles ne sont pas là pour repenser leur sexualité ou quoi que ce soit. Mais de temps en temps, lorsqu’elles se marient vraiment malgré elles, cela peut arriver qu’en pointant les contradictions, cela les aide à réfléchir, à se dire “Mon dire, peut-être que je fais la connerie de ma vie”. C’est donc d’autant plus important de continuer à leur parler.

Le motif de la demande est toujours religieux. Il y a beaucoup de choses autour de la pureté, parce qu’on a laissé croire à ces filles que la pureté était le plus important et allait avec la virginité. Je reçois beaucoup de jeunes femmes majeures qui pensent qu’elles sont coincées, parce que dans leur famille, personne ne peut entendre qu’elles ont déjà eu une vie sexuelle, donc elles sont obligées de faire semblant. En fin de compte, elles me demandent rarement de faire des certificats, mais bien plus souvent une intervention, une reconstruction de l’hymen. C’est ça la réalité du terrain. 

Pour les reconstructions d’hymen, cela m’arrive à peu près une fois par mois. Après je suis très claire. J’ai toujours dit à ces jeunes femmes que ce n’était pas pris en charge par la Sécu, que c’était leur choix, que ce n’était pas lié à leur santé, mais comme un choix de chirurgie esthétique et que si elles avaient envie de dépenser 850 euros pour cela, c’était leur problème. Je suis donc d’accord avec le collège national des gynécologues-obstétriciens pour dire que la solidarité nationale n’a pas à s’occuper de ces actes. Après quand il s’agissait d’une femme qui avait été violée et pour laquelle il s’agissait d’une thérapie du viol, pourquoi pas. Là on répare quelque chose, on soigne, donc c’est normal que la Sécu paie.

 

Combien de demandes de certificats de virginité recevez-vous chaque année ?

Des demandes de certificats, j’en ai maximum deux par an. Mais il y a un mois, au plus fort de la polémique, j’en ai quatre d’un coup en quinze jours de temps. Je ne sais pas si les jeunes femmes se sont dit : “Il faut que je me dépêche avant que ce ne soit plus possible”. Hier soir, j’ai encore reçu un mail d’une jeune femme me demandant si j’en faisais encore. Ça m’a paru bizarre.

 

Craignez-vous des dérives qui découleraient de cette interdiction ?

A partir du moment où c’est interdit, vous risquez d’avoir des gynécos qui vont vous faire ce certificat en disant : “C’est interdit, je prends des risques, donc tu vas me filer 3.000 euros sous la table”. Je n’exclus pas ce risque. C’est comme l’IVG, quand c’était interdit, certains professionnels le faisaient quand même, mais je pense qu’ils se faisaient payer.

 

Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’accepter ces demandes contribue à faire le jeu des oppresseurs ?

C’est tellement plus facile de dire ça que de dire qu’on va s’attaquer au vrai problème. En quoi accompagner les femmes favorise les oppresseurs ? Ce n’est pas parce que j’aide une femme à tricher que je suis en train de lui dire qu’elle a raison. Il faut être raisonnable. On est en train de tourner la réalité, de la tordre, pour...

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