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Les équipes de Le Pen et Macron confrontent leurs idées sur la santé face aux carabins

Alors que la campagne présidentielle a été éclipsée par la crise du Covid et la guerre en Ukraine, l'InterSyndicale nationale des internes (Isni) a organisé "le seul débat public sur la santé de l'entre-deux-tours" mardi 19 avril. Les représentants "santé" de Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont été interrogés tour à tour sur leur programme par Gaetan Casanova, président de l'Isni, et Doc Amine, médecin généraliste et créateur de contenus sur les réseaux sociaux. 

 

Marine Le Pen 

"La santé est passée à la trappe de ce débat présidentiel", malgré la crise du Covid a regretté en préambule, Julien Odoul, porte-parole du Rassemblement National. Ce conseiller régional de Bourgogne-Franche Comté et fils de médecin gériatre a résumé le programme de sa candidate en quelques mots : "redonner une dimension humaine à la santé". "La santé ne doit plus être une marchandise, un business soumis aux règles comptables et rentables", a-t-il ajouté. 

Après avoir vanté un système de santé qui permet "de sortir sa carte vitale plutôt que sa carte bancaire", et dont "on peut être fier", le porte-parole du Rassemblement National a estimé que le système s'est "désagrégé" dans notre pays "qui est le plus taxé au monde". "Un gouffre s'est creusé en termes d'offre de soins", a regretté le conseiller régional qui a pointé "100.000 fermetures de lits en vingt ans". "Le système est à revoir, et non les hommes et les femmes qui lui ont permis de tenir", a jugé le politicien de 36 ans en s'adressant aux soignants.  

 

Formation 

"Marine Le Pen a voté contre la suppression du numerus clausus lorsqu'elle était députée", a fait remarquer Doc Amine en interrogeant Julien Odoul sur la promesse de la candidate d'ouvrir 10.000 places supplémentaires en Ifsi mais aussi un "nombre de places suffisantes dans les facultés de médecine" alors que les capacités de formation sont déjà "saturées". Ne s'agit-il pas de "mesures démagogiques" ? a questionné Doc Amine.

"Il n'y a pas que les centres" existants qui pourront permettre d'accueillir des étudiants, a argumenté Julien Odoul en évoquant l'ouverture "d'antennes", notamment dans la ruralité comme celle qui existe déjà à Nevers. "Il faut en créer d'autres, c'est l'objectif de Marine Le Pen", a assuré son porte-parole. "Marine Le Pen souhaite revaloriser le système de l'internat et ses capacités d'accueil", a également indiqué Julien Odoul, déplorant la faible rémunération des étudiants en médecine au regard de leur temps de travail.  

 

L'hôpital 

"Les médecins ayant obtenu leur diplôme hors de l'Union européenne représentent 10% des praticiens exerçant en France", a indiqué Doc Amine rappelant que de nombreux services hospitaliers auraient pu fermer sans l'appui des praticiens étrangers. Le médecin généraliste marseillais a donc interrogé Julien Odoul sur la volonté emblématique de Marine Le Pen de réduire "drastiquement" la part de médecins étrangers. "Marine Le Pen souhaite introduire la priorité nationale qui n'est pas l'exclusion", a justifié Julien Odoul. "S'il y a un manque, on ne va pas exclure les soignants étrangers", a-t-il précisé. "L'objectif, à terme, est de pouvoir avoir le choix", a ambitionné le porte-parole. 

"77% des internes ne veulent pas devenir médecin à l'hôpital public", a avancé Gaetan Casanova, président de l'Isni, déplorant une "hémorragie totale à l'hôpital". Le jeune syndicaliste a donc interrogé le représentant du Rassemblement national sur ses propositions pour redonner envie aux soignants d'exercer à l'hôpital public. "Il faut rendre ses lettres de noblesse à l'hôpital public et enrayer la spirale du déclin", a avancé Julien Odoul. "Il faut repenser le système qui passe par une nouvelle organisation hospitalière", a précisé le fils de médecin en citant notamment la suppression des ARS "pour sortir d'une logique comptable". "Marine Le Pen souhaite une administration bicéphale par les préfectures de région et les médecins", a explicité Julien Odoul.  

"Vous n'avez pas répondu à la question de l'attractivité de l'hôpital public", lui a fait remarquer Doc Amine. Le porte-parole a donc évoqué une hausse de 10% des salaires et un projet de "débureaucratisation de l'hôpital". "Marine Le Pen souhaite débloquer 20 milliards d'euros pour l'hôpital public dont 10 seront consacrés aux revalorisations salariales", a insisté Julien Odoul.  

 

AME 

Enfin sur la thématique de l'accès aux soins, le porte-parole a été questionné sur la volonté de Marine Le Pen de transformer l'AME pour le réserver aux soins urgents. "Cela ne va-t-il pas entraîner une aggravation de la santé des résidents avec un coût qui sera, au final, plus important ?" a interrogé Gaetan Casanova. D'autant "que cette mesure est contraire au code de déontologie des soignants", a précisé Doc Amine. "Je comprends très bien cette dimension. Ma mère a exercé en Ariège et elle se faisait quelque fois payer en confiture et en poulet", a répondu Julien Odoul.  

"Il faut aborder ces questions de manière humaine et dépassionnée", a estimé le porte-parole de la candidate d'extrême droite qui a tenté de rassuré en expliquant qu'il ne s'agissait pas de supprimer l'Aide médicale d'Etat mais de la transformer en Aide médicale d'urgence (AMU). "L'AME permet à des clandestins de se faire soigner gratuitement. L'AMU permettra toujours de venir en aide aux personnes, quel que soit leur statut, en situation d'urgence. Mais il y a une réalité. L'effondrement de l'hôpital public et les difficultés de notre système de santé viennent aussi du fait qu'aujourd'hui on peut soigner gratuitement toute la misère du monde. Beaucoup de gens viennent dans notre pays parce qu'ils peuvent bénéficier de prestations sociales. Je suis fier que mon pays puisse le faire. Pour autant, compte-tenu du nombre de personnes qui viennent sur le territoire chaque année, c'est très compliqué. Cela va inciter de plus en plus de personnes à venir", a tenté de justifier Julien Odoul, avant de rappeler qu'1 Français sur 3 renonce à se soigner faute de moyens.  

"L'AME représente 1 milliard d'euros par an, il faut la redistribuer à nos concitoyens en situation de précarité", a jugé Julien Odoul. "Au-delà d'être peu humaine, je pense que cette mesure serait contre-productive", a réagi Doc Amine, citant l'exemple d'une IVG ou de douleurs abdominales en cas de grossesse extra-utérine qui ne seraient pas concernées par l'AMU et aboutiraient à des frais plus importants.  

 

Accès aux soins 

Sur la question des déserts médicaux, Marine Le Pen souhaite mettre en place de "fortes incitations financières" pour remplacer les mécanismes actuels "avec une modulation des rémunérations selon le lieu d'implantation, sans démarche spécifique à faire pour le praticien". La candidate projette également "d'augmenter le nombre de maisons de santé et les doter de moyens pour les petites urgences", énumère Julien Odoul. "Mais comment faire sans médecins ?" l'a interrogé Doc Amine lui rappelant que créer des maisons de santé n'augmentera pas le nombre de praticiens. 

Julien Odoul a insisté sur quelques mesures d'urgence à mettre en place dès les premiers jours du quinquennat de sa candidate, à commencer par la réintégration des soignants non vaccinés contre le Covid. "Elle leur rendra leur rémunération suspendue pendant ces longs mois", a promis Julien Odoul. Un moratoire sur les fermetures de lits fera également partie des mesures prioritaires "pour mettre fin à cette dégringolade comptable". Si Marine Le Pen était élue, l'objectif serait "la santé partout et pour tous", a annoncé le porte-parole. Enfin, la prévention serait un des axes majeurs du programme de la candidate du Rassemblement National, a insisté Julien Odoul.  

Interrogé pendant plus d'une heure, Julien Odoul a ensuite laissé sa place aux trois représentants santé d'Emmanuel Macron qui se sont présenté tour à tour. 

 

Emmanuel Macron 

Le Dr François Braun est médecin urgentiste, praticien hospitalier, chef de service et de pôle à l'hôpital de Metz Thionville et président de Samu-Urgences de France. Le Dr Sébastien Mirek est praticien hospitalier, médecin anesthésiste-réanimateur au CHU Dijon Bourgogne, ancien de l'Anemf, de l'Isni et de l'Isncca, devenu aujourd’hui Jeunes médecins. Enfin, Pascale Mathieu est kinésithérapeute en exercice libéral "depuis bien longtemps" et chargée de cours dans plusieurs institut de formation en kinésithérapie.  

"Notre système de santé est formidable parce que chacun peut avoir accès aux soins, quels que soient ses revenus, l'endroit où il est, ses origines…", s'est félicitée Pascale Mathieu soulignant qu'il s'agit de quelque chose d'"important à préserver". "Les publications scientifiques montrent l'excellence de la formation et des enseignants chercheurs", a ajouté la porte-parole d'Emmanuel Macron en dressant un état des lieux du système de santé. Mais le système "n'est pas aussi efficace qu'il devrait l'être", a admis le Dr Braun. "Avec l'investissement humain et financier, on est en droit d'attendre qu'il soit plus efficace", a précisé l'urgentiste qui propose de passer d'un système "concentré sur le soin", à un système "concentré sur la santé".  

"Il faut saluer l'investissement des soignants et...

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