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Raoult, désaveu des généralistes, dépistage... Douste-Blazy étrille la gestion de la crise Covid

Dans un livre au vitriol paru aux éditions de l’Archipel le 22 octobre, l’ancien ministre des Affaires sociales et de la Santé (1993-1995 et 2004-2005) Philippe Douste-Blazy livre son analyse de la gestion de la crise du Covid. De l’hydroxychloroquine à la stratégie française de dépistage, en passant par l’implication de la médecine de ville et le Pr Raoult, “Maladie Française : Pandémie, et pourtant tout avait été préparé” revient sur le “temps de retard permanent” et la “grande improvisation” autour de l’épidémie. Lui-même auteur d’un plan de lutte contre une pandémie virale, l’ex-ministre se confie à Egora. 

 

Egora.fr : Vous avez été ministre des Affaires sociales et de la Santé à deux reprises sous Jacques Chirac et avez également connu des crises sanitaires, pourquoi avoir écrit cet ouvrage ?  

Philippe Douste-Blazy : D’abord, parce que la crise sanitaire que nous sommes en train de vivre montre à quel point nous étions impréparés dans notre pays, mais également au niveau de la communauté internationale. Et donc, il est absolument majeur dans n’importe quelle crise, de tirer les leçons de ce qui pourrait apparaître comme des insuffisances.

La deuxième chose c’est qu’en 2004, quand j’étais ministre des Affaires sociales et de la Santé, j’ai proposé au président Chirac d’écrire un plan de lutte contre une pandémie virale. C’était après l’épidémie de Sras en Chine, qui était un départ de feu qui s’est arrêté spontanément mais qui avait un taux de mortalité et de contagiosité important, comme le MERS. Il y avait là pour moi une véritable obsession de se dire “en termes de santé publique, nous ne sommes pas prêts à faire face à une pandémie virale”. Nous avons donc écrit ce plan en 2004 avec le Pr Anne-Claude Crémieux, qui était à mon cabinet et qui est aujourd’hui professeur d’infectiologie à Saint-Louis. Ce plan était très concret, tout était écrit : arrêter les avions qui viennent des zones les plus touchées, réquisition des industries textiles pour faire des masques, stockage de masque, etc. Ce que l’administration française a sur faire, elle a aussi été la première à l’ignorer entre 2012 et 2015 au point que nous n’étions pas prêts en février 2020. 

 

Vous semblez nourrir beaucoup de regrets à propos de ce plan, compte tenu de la situation actuelle… 

En réalité, le Gouvernement actuel ne pouvait rien faire parce qu’entre le moment où moi j’étais ministre des Affaires sociales et de la Santé et le moment où ce Gouvernement a été nommé en 2017, nous étions dans des situations très différentes. A titre d’exemple, nous sommes passés d’un 1,7 milliards masques en 2011 à 115 millions en 2017. Tout ce qui avait été fait, y compris l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), avait pratiquement disparu tel qu’il avait été conçu. D’ailleurs, Edouard Philippe dans son audition à l’Assemblée nationale la semaine dernière a dit : “entre juin 2017 et le 15 janvier 2020, personne ne m’a parlé de masques”. 

 

L’action du Gouvernement d’Emmanuel Macron a-t-elle été assez efficace ? 

Il y a une chose sur laquelle tout le monde s'accorde aujourd’hui dans tous les pays du monde et parmi tous les scientifiques du monde : il y existe une corrélation extrêmement forte entre un dépistage massif et le taux de mortalité. C’est d’ailleurs comme cela qu’on explique la différence de situation entre l’Allemagne et la France, puisque la stratégie qui consiste à dépister massivement n’a pas été retenue par les Français et le résultat, c’est que le taux de mortalité est quatre fois supérieur à l’Allemagne. On peut aussi le dire sur un plan régional : à Marseille, où il y a eu un dépistage massif qui a été décidé et mis en place par l'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille et par l’IHU Méditerranée, vous n’avez pas aujourd’hui et ce sont des chiffres officiels, de surmortalité entre mars et juin. 

 

A vos yeux, il fallait miser sur cette politique de dépistage pour sortir de la crise ? 

Oui, il fallait faire un dépistage massif ! Car dans ce cas, vous trouvez des malades plus précocement et vous avez donc devant vous des malades précoces. Or, nous savons aujourd’hui qu’il y a quatre phases dans la maladie, dont la première est une phase purement virale. Quand vous voyez les gens très tôt, bien évidemment, vous...

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