"Nous avons tenu face au Covid, mais à quel prix?" : le réquisitoire du Pr Juvin face au satisfecit du Gouvernement | egora.fr
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"Nous avons tenu face au Covid, mais à quel prix?" : le réquisitoire du Pr Juvin face au satisfecit du Gouvernement

ça se développe, il y a quelques stages mais ça reste minoritaire alors que la majorité des médecins exerceront en médecine de ville. Deuxième exemple : la continuité du parcours patient entre la ville et hôpital est erratique. Si vous faites une radio, ou pire une prise de sang, en ville et que vous allez ensuite à l’hôpital, je n’y aurai pas accès à moins que vous me l’apportiez. C’est là qu’on perd les examens, qu’on doit les refaire, et qu’on perd de précieux avis. La connexion physique entre ville et hôpital ne fonctionne pas.

 

Vous plaidez pour que le suivi des pathologies chroniques soit assuré en ville et non plus à l’hôpital…

La question est de savoir qui fait quoi. Le suivi des pathologies chroniques doit se faire en ville. L’hôpital doit être réservé au diagnostic des formes compliquées et au traitement des épisodes aigus de décompensation. Pour une insuffisance rénale, si vous devenez anurique, là l’hôpital a sa place ; si c’est pour suivre votre taux de créatinine deux fois par an, prescrire un bilan au patient diabétique, ça devrait être fait en ville.

 

Quelle est la situation actuelle aux urgences de l’HEGP? Voyez-vous arriver une troisième vague?

On a quelques malades Covid, qui sont stables. On a une très forte activité de psychiatrie, un peu troublante. On a également quelques cas de Covid long. On a surtout un problème d’aval, avec des lits occupés par les malades Covid. Les lits sont fermés pour cause de personnel indisponible, car fatigué, usé. Cette question est fondamentale. Je pense que pour cette raison, il faudrait rapidement vacciner le personnel soignant en dessous de 50 ans. Si on ne prend pas soin du personnel soignant, à un moment il nous claque dans les doigts. Nous sommes des humains, avec nos faiblesses et nos fatigues.

 

A ce propos, dans votre journal, au plus fort de l’épidémie en mars, vous évoquez votre décision collective de ne pas vous faire tester, pour ne pas avoir à être isolés…

Au début oui. Nous étions dans une situation précaire, avec beaucoup de travail. On se demande comment on fera si plusieurs d’entre nous tombent malade. Ce qui m’effraie à l’époque, c’est la statistique publiée par les Chinois : à Wuhan, au cœur de l’épidémie, 43% des soignants sont tombés malades. Dans notre esprit, on se dit que si on arrive à ça, le système s’écroule, on ne pourra plus soigner. ça a été notre préoccupation. Ce n’était pas très raisonnable mais nous avons décidé ça en croyant que c’était ce qu’il fallait faire. L’était-ce?

 

“Nous n’étions plus soutenus par la population”

 

Etes-vous resté sur cette même ligne durant la deuxième vague?

Non. La deuxième vague a été d’une certaine manière plus difficile pour nous. Nous étions plus fatigués. Peu de vacances, moins de personnels : il y a des gens qui ont démissionné. Et nous n’étions plus soutenus par la population, ce qui avait été un élément moteur.

 

Le Ségur de la santé a-t-il arrangé les choses selon vous?

Ca a été un gros effort financier du Gouvernement. Il y a eu beaucoup d’argent mais nous sommes tellement nombreux que rapporté à chaque individu, ça fait peu. Quand vous regardez les courbes, ça nous ramène à la moyenne basse de l’OCDE donc ce n’est pas une transformation majeure. Le Ségur de la santé a été un grand espoir et finalement, il faut l’avouer, une déception. D’autant que ça ne règle pas la question de tous les jours : les lits fermés.

 

Philippe Juvin,
Je ne tromperai jamais leur confiance,
Ed. Gallimard.

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