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1969 : ces 31 000 morts de la grippe qui sont (presque) passés inaperçus

externe au service réanimation de l'hôpital Edouard Herriot de Lyon, reste marqué par ces patients arrivant sur des brancards "dans un état catastrophique. Ils mourraient d'hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus". "On n'avait pas le temps de sortir les morts, raconte-t-il. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir." "Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s'est calmé. Et étrangement, on a oublié."

Chose inconcevable, aujourd'hui, alors que le Covid alimente les chaines d'information en continu depuis plus de six mois. Si les 31 000 morts de la grippe de Hong Kong n'ont pas "créé de scandales" et "sont mêmes passées plusieurs décennies inaperçues"*, c'est parce qu'à l'époque la société a une foi presque aveugle dans le progrès et ses armes nouvelles, les vaccins et les antibiotiques, explique à l'AFP l'historien Patrice Bourdelais, spécialiste des questions sanitaires à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. De plus, la sensibilité à la mort n'est pas celle qui est la nôtre. "Sur cette courbe de progrès multidimensionnelle" qu'ont constitué les Trente glorieuses, un "accident" comme une grippe meurtrière n'est pas aussi intolérable qu'aujourd'hui. La Guerre du Vietnam, la crise humanitaire du Biafra ou encore les remous politiques de l'après Mai-68 font relativiser la société et occupent la scène médiatique.

La Grippe de Hong Kong ne sera toutefois pas sans effet. Dès janvier 1970, elle suscite un débat sur la politique vaccinale anti-grippale. "Vacciner tout le monde en septembre contre un virus qui ne se manifestera peut-être pas (ce sera un autre virus auquel on aura à faire) cela n'est pas une opération payante", affirme Robert Boulin, alors ministre de la Santé, dans les colonnes de France Soir. "Il faut le temps de produire le vaccin, les stocks ne peuvent être conservés longtemps, il est donc nécessaire de limiter les vaccinations systématiques à certaines catégories" : personnels soignants et personnes âgées "dans les hospices, là où l'épidémie peut être la plus meurtrière". Et le ministre de la Santé d'envisager un scénario prémonitoire : "On peut envisager le cas où il n'y aurait justement pas de graves épidémies l'an prochain. Ensuite, personne ne se ferait vacciner, plus tard, nous risquerons d'être à nouveau surpris." La grippe de Hong Kong, première pandémie de l'ère moderne, celle des transports aériens, aura néanmoins pour effet de doper la production de vaccin et d'organiser une surveillance internationale. Au total, elle aura fait un million de morts dans le monde.

 

* Il a fallu attendre 2003 et les travaux d'Antoine Flahault et d'Alain-Jacques Valleron à partir des fichiers de mortalité de l'Inserm pour que soit réalisé le décompte des morts de cette épidémie en France : 25 068 en décembre 1969, 6158 en janvier 1970.

 

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