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1969 : ces 31 000 morts de la grippe qui sont (presque) passés inaperçus

de supprimer des trains", rassure la presse) ; des écoles, collèges et lycées ferment, faute d'élèves et de professeurs ; des PDG jouent les standardistes alors que les agences d'intérim se démènent pour trouver des secrétaires ; la liste des célébrités malades s'allonge : Michèle Morgan, Juliette Gréco ("qui n'a pas pu chanter à Vienne"), Gilbert Bécaud, Sacha Distel... "On est en pleine épidémie de grippe dans toute la France, confirme alors le Dr Cateigne, interrogée par France soir. Bien sûr, elle n'est pas toujours de Hong Kong, mais les symptômes sont les mêmes." Fièvre élevée (39-40 degrés), maux de tête violents, abattement brutal, courbatures, claquements de dents, toux "déchirante", "caverneuse".

 

 

"Psychose collective"

La grippe "affole", selon le quotidien : "Plus que la maladie, qui n'est pas considérée comme vraiment grave par l'Institut Pasteur, à Paris, c'est la psychose de l'épidémie qui créé des difficultés". Les stocks de vaccins sont "dévalisés". "J'ai vendu 25 vaccins par heure", témoigne un pharmacien parisien. "J'en avais plein mon réfrigérateur le matin, je n'en ai plus ce soir", raconte un confrère.

 

 

Considéré comme efficace à 80%, le vaccin est alors conseillé aux personnes fragiles. Mais très vite, les stocks s'épuisent. Face à la demande, l'Institut Pasteur double sa production mais ne peut sortir que 100 000 vaccins par mois. "Les gens étaient prévenus de l'arrivée de cette grippe, s'agace un médecin, qui raconte à France soir avoir anticipé l'épidémie en vaccinant ses patients malades cardiaques ou des poumons. La presse en avait parlé. Pourquoi attendre le dernier moment ? J'ai vacciné toute la journée hier et aujourd'hui j'attends des familles entières." "Il y a eu un moment où les vaccinations se faisaient sur le trottoir, avec des étudiants en médecine recrutés dans les amphis et la police qui bloquait les accès de la rue", se souvient le Pr Pierre Dellamonica, PU-PH niçois, interviewé par Libération en 2005. Peu importe : les vaccins de l'Institut Pasteur et de Mérieux n'incluent pas la bonne souche, se révélant peu efficaces, et l'épidémie bat son plein.

Journaliste au Monde en 1969, le Dr E.L. [nous n'avons pas son nom complet] ironise quant à lui sur cette "psychose collective" générée par une "campagne de presse démesurée". "La population se précipite sur tous les médicaments disponibles, et beaucoup, comme s'ils redoutaient la pénurie, constituent leur stock d'antigrippe", fustige-t-il. Alors que pour lui, comme pour l'Institut Pasteur donc, l'épidémie de grippe qui s'étend n'est "ni grave, ni nouvelle", des "chiffres souvent fantaisistes pourraient inciter à croire que la France entière est alitée. Toute absence au travail est attribuée à la "grippe", et les enrhumés classiques de décembre se croient en danger de mort s'ils ne se livrent pas aux joies du repos absolu, des vitamines C et des boissons chaudes", assène le médecin.

 

"On n'avait pas le temps de sortir les mors", se souvient un médecin

Et pourtant, la grippe de Hong Kong tue. Beaucoup. Le Pr Dellamonica, alors...

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