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1955 : la variole fait trembler la Bretagne

les dispensaires et autres établissements publics proposant le vaccin, tandis que 1500 médecins libéraux donnent l'exemple en se faisant revacciner.

 

"On parle de fermer le département"

Mais malgré ces mesures de prophylaxie, la variole, diagnostiquée avec retard, s'étend en Bretagne. La vie locale est "suspendue au communiqué publié par la préfecture", relate l'envoyé spécial de Paris-Presse : "deux fois par jour, une feuille stéréotypée distribuée aux journaux locaux indiquait les noms des malades, ceux des morts, des convalescents et des guéris".

De fausses nouvelles se propagent : Paris Match évoque début février "l'épouvante devant les cercueils arrivant en gare (…) d'une ville assiégée de nouvelles circulant à la vitesse des feux de brousse". "On parle de fermer le département ; personne ne pourra plus y pénétrer ni en sortir", s'alarme-t-on. "Il en a été question", confirme le journaliste de Paris-Presse : "Mais une telle mesure serait de nos jours pratiquement impossible à faire respecter ; un cordon sanitaire ne peut à la rigueur avoir une certaine efficacité qu'aux frontières nationales", juge ce dernier. "Pendant que nous y sommes, pourquoi ne pas fermer les églises, les marchés publiques, les grands magasins, les bureaux de Poste. Bref, condamner Vannes à une vie moribonde!", se serait indigné le préfet devant les journalistes. Seuls les congrès et rencontres sportives sont interdits. La peur d'être contaminé effraie le chaland : "les commerçants ont vu leur chiffre d'affaires dégringoler vertigineusement. Ils ont même demandé au percepteur de leur accorder un délai pour le règlement de leur tiers provisionnel", rapporte Paris-Presse.

 

Un médecin "mort victime de son devoir"

Le 22 janvier, on croit l'épidémie jugulée : 66 cas ont été recensés, dont un à Rennes, deux à Brest et un à Saint-Dié dans les Vosges. Quatorze décès sont déplorés, parmi lesquels de jeunes enfants, des personnes âgées… et un médecin, le Dr Guy Grosse en personne. Dix autres médecins bretons ont été contaminés, mais tous ont fait des formes frustes. Le Dr Grosse, âgé de 44 ans, a développé une variole hémorragique. Alité depuis le 10 janvier, il avait été transféré au pavillon des contagieux une semaine plus tard. "Le 24, à 10 heures du soir, un cercueil de plomb -celui des grands contagieux- quittait l'hôpital. Le Dr Guy Grosse, 14e et dernière victime de l'épidémie, s'en allait le jour de la victoire", raconte Paris-Presse le 9 février. "Médecin d'une qualité et d'un dévouement exceptionnels", le Dr Grosse, "mort victime de son devoir", est cité à l'Ordre de la nation par Pierre Mendès-France. Il reçoit à titre posthume la Légion d'honneur et la médaille d'or des épidémies.

Mais la presse a crié à la victoire trop vite :  le 17 février, un nouveau cas est signalé à l'hôpital Chubert. L'épidémie ne s'éteint à Vannes qu'en mars : l'hôpital se déconfine lentement, les patients n'étant autorisés à sortir que 21 jours après leur guérison. Mais en avril, une seconde vague frappe Brest, par le biais d'un patient qui avait été hospitalisé à Vannes… Vingt-et-un nouveau cas sont recensés. Au total, la dernière épidémie de variole en France a fait 20 victimes parmi les 98 personnes infectées.

 

*Plusieurs résurgences épidémiques de variole sont survenues les années précédentes, notamment à Paris en 1942 (60 cas) et à Marseille en 1952 (30 cas). L'épidémie bretonne est de loin la plus meurtrière.

 

 

Sources :
-B.Mafart, J.L. Le Camus, F. Mirouze, Th. Matton, Les Dernières épidémies de variole en France, Semaine des Hôpitaux de Paris, 1999, 33-34, 1265-1268.
-Pr Patrick Zylberman (EHESP, Rennes, USPC), La dernière épidémie de variole (en France) : Vannes, 1955 - Attitudes des pouvoirs publics, des soignants et de la population lors d’une campagne de vaccination de masse

 

 

La semaine prochaine : La suette, la mystérieuse maladie de la peur

 

 

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