Après ses propos controversés sur les médecins libéraux, Frédéric Valletoux s'explique | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

Après ses propos controversés sur les médecins libéraux, Frédéric Valletoux s'explique

Crédit : FHF

aussi est en crise. Pas parce qu'ils ne veulent pas travailler mais parce qu'il y a de moins en moins de généralistes.

Or, il y a trente ans, quand l'Ondam a été créé, quand on a organisé notre système de santé avec les ordonnances Jupé et les textes qui ont suivi, on a décidé que le généraliste devait non seulement être la porte d'entrée dans le système, mais aussi le coordinateur du parcours de soin. Sauf cas exceptionnels, l'hôpital n'est pas le lieu du premier recours. Et ça, nous sommes les premiers à le défendre. Jamais nous n'avons défendu des propositions qui vont à l'encontre de ces principes-là. Nous sommes persuadés aujourd'hui que ça marcherait beaucoup mieux si on avait plus de généralistes, partout dans les territoires.

Quand on pointe la crise de la médecine de ville, ce ne sont pas pour pointer les défaillances de ceux qui continuent l'exercice. Moi je les vois dans ma ville : ils sont débordés, travaillent comme des fous et sont angoissés de ce que va être l'avenir de ce premier recours quand ils voient des cabinets fermer du jour au lendemain parce que les médecins craquent, qu'ils ont atteint 65-67 ans, qu'ils ont étiré le temps au-delà du raisonnable. Et un jour ils partent en laissant 1000 personnes sur le carreau… ils ne peuvent pas faire autrement! Ça je le sais, pour travailler souvent avec des médecins de ville. Moi j'ai un grand respect pour les médecins de ville, je sais le travail qu'ils font. Le problème, ce n'est pas ceux qui sont au front.

Mais on a perdu 6000 médecins généralistes ces dix dernières années et certaines études disent que l'on va en perdre encore 6000 dans les cinq prochaines années. Le problème, il est là. Aujourd'hui, il y a une confusion de la place de chacun. L'hôpital se porterait mieux s'il n'était pas pour les Français, dans beaucoup de territoires, un lieu de premier recours car ils n'ont pas accès à un médecin généraliste - car les cabinets sont pleins!

 

"Il y a une contrepartie au financerment par la solidarité nationale"

 

Vous portez depuis plusieurs années la proposition de rétablir l'obligation de permanence des soins ambulatoires (PDSA) pour les médecins libéraux. Cette contrainte ne risque-t-elle pas de décourager davantage les installations de généralistes et de pousser vers la retraite les médecins les plus âgés, comme le soulignent certains lecteurs d'Egora? Bref, que cela n'empire la situation…

Moi je plaide depuis longtemps pour que l'on soit capable d'aborder ce sujet-là sans donner l'impression chez certains que soit une question taboue. Pour les Français, ça n'est pas une question taboue et ça ne doit pas l'être pour aucun des professionnels. La question est comment on répartit la charge. Comment dans un système financé par la solidarité nationale, on arrive à ce que tous les professionnels, quel que ce soit leur statut (public, privé, libéral), portent une part de la prise en charge. Il y a une contrepartie au financement par la solidarité nationale. C'est considéré que l'on exerce des missions d'intérêt général. On doit être capable de réfléchir territoire par territoire à comment on organise les choses.

Il y a déjà 40% des généralistes qui font de la permanence des soins. La médecine libérale ne s'est pas totalement soustraite à cette question-là. Ce n'est pas un tabou de se demander, alors qu'on est dans une pénurie de soignants, comment on résout ce problème.

Il n'y a pas que la question de la permanence des soins, mais aussi la question des soins non programmés. Dans ma ville, des médecins s'évertuent à conserver des plages horaires en journées pour les soins non programmés pour pouvoir accueillir des patients qui ont besoin d'être vus du jour au lendemain. Travailler sur l'accès aux soins, ce n'est pas forcément demander aux médecins de travailler jusqu'à tard le soir ou le week-end. Ils sont humains. Ils bossent 10-11 heures par jour, on ne peut pas leur demander plus. L'objet, ce n'est pas ça. C'est de se dire comment on se répartit les choses, comment on organise aussi l'accès aux soins en journée. La réponse sera différente d'un territoire à l'autre, selon l'état des forces.

Vu la crise qui est là, qui angoisse les Français, et qui va aller en s'aggravant, si l'on n'est pas capables de tous se mettre autour de la table pour trouver des solutions, alors il y aura des solutions qui vont être imposées. Un amendement qui tombera un jour parce qu'il y a un ras-le-bol. Et les solutions imposées...

35 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

Aujourd'hui dans l'actu

Gestion du cabinet

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…