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Etudes, rémunération, retraite : Agnès Buzyn face aux angoisses des médecins

trouver une solution aux difficultés des Français à trouver un médecin traitant ou un spécialiste, aux délais d’attente qui augmentent. Cette grande anxiété est exprimée dans le Grand débat à travers cette demande de coercition. C’est une solution qui paraît simple, mais nous savons aujourd’hui qu’elle risque d’augmenter le taux de fuite des médecins qui, déjà, n’ont pas très envie de s’installer spontanément : seuls 15 % s’installent en fin d’études, 35 % au bout de cinq ans. On doit au contraire trouver des dispositifs plus incitatifs pour que les médecins aient envie de s’installer dans les territoires. Il y a différentes façons d’y arriver.

Sur 102 000 généralistes, un peu plus de la moitié exercent en libéral, il y a une fuite vers d’autres secteurs, vers des postes salariés. Nous devons faire en sorte que parmi ces 50 000 qui ont encore envie de s’installer ceux-ci aillent dans les territoires sous-dotés. Pour cela, il faut qu’ils soient attractifs, qu’ils offrent un métier au conjoint, des transports, des services publics. J’y travaille avec la ministre de la Cohésion des territoires.

Les médecins plébiscitent l’exercice coordonné, pas forcément regroupé dans un même lieu, mais au minimum coordonné, donc on doit développer les CPTS pour qu’ils apprennent de plus en plus à travailler ensemble. Nous sommes aujourd’hui à 220 CPTS sur le territoire : nous devons les développer et les aider. Toutes les initiatives locales pour la création de CPTS sont attractives aujourd’hui pour des jeunes médecins qui souhaiteraient s’installer, comme les MSP ou les centres de santé. Lorsque je visite des maisons de santé, je vois que beaucoup d’entre elles essaient d’être des maisons de santé universitaires, d’avoir des maîtres de stage, d’attirer des internes : lorsque ces derniers découvrent cet exercice, ils s’installent souvent dans la MSP où ils ont fait leur internat. Nous devons le favoriser.

Nous favorisons également le dispositif de médecins adjoints, qui va permettre aux internes en fin d’internat de venir appuyer des généralistes en zone sous-dense. C’est dans la loi, et cela va permettre la découverte de cet exercice.

Je crois sincèrement que ce que nous développons dans la loi – le lien médecine de ville-médecine hospitalière, les CPTS, les hôpitaux de proximité, l’exercice des généralistes dans ces hôpitaux – va diversifier l’exercice professionnel, favoriser ces nouveaux types de pratiques et rendre plus attractif l’exercice dans nos territoires.

 

Les jeunes aspirent à un exercice mixte : les hôpitaux de proximité sont-ils la réponse ?

Ils sont effectivement l’une des nombreuses réponses. Ils vont permettre aux médecins généralistes de continuer à suivre leurs patients en milieu hospitalier chaque fois que nécessaire. Ce sont des pratiques que l’on voit ailleurs, mais jusqu’à présent notre pays ne le permettait pas. Je pense que c’est très satisfaisant pour les médecins, qui se sentent toujours concernés en cas d’hospitalisation de leur patient pour une pathologie courante comme une pyélonéphrite ou une phlébite, par exemple. Par ailleurs, on recrute 200 postes de généralistes à exercice partagé hôpital-ville : ces postes sont en train d’être ouverts dans les territoires avec le lancement d’appels à candidatures. Et puis, il y a les postes d’assistants spécialistes à temps partagé, notamment pour les DOM où il y a un manque flagrant de spécialistes. Cela permet aux jeunes d’expérimenter un exercice, de découvrir un territoire…

 

Les amendements au projet de loi de santé ont entériné plusieurs délégations de compétences et de tâches aux infirmières, sages-femmes et, surtout, aux pharmaciens. Les généralistes ont le sentiment de ne garder que les consultations complexes, longues et la paperasse pour lesquelles le tarif de 25 euros est insuffisant. Est-ce une évolution inéluctable, voire nécessaire ?

Il ne faut vraiment pas que les médecins s’inquiètent. Les généralistes pratiquent 250 millions de consultations par an. Même si quelques dizaines de milliers de consultations font l’objet d’actions de la part d’autres professionnels, ce ne seront pas des consultations perdues pour les médecins : ça va leur permettre d’absorber des demandes qui ne le sont pas aujourd’hui. Il n’y a aucun risque que le nombre de consultations diminue. Au pire, il restera stable, et va probablement augmenter. Les consultations longues ont déjà été revalorisées : je pense aux maladies neurodégénératives, à la consultation d’éducation à la santé sexuelle et de contraception pour les jeunes filles.

Il est important que les médecins se concentrent sur leur valeur ajoutée. Ils vont continuer à voir des patients avec une angine ou la grippe et resteront très sollicités par les pathologies aiguës classiques. Les délégations de tâches dont on parle sont en réalité très peu nombreuses et visent non pas à retirer des consultations aux médecins mais à répondre à un besoin dans les territoires de patients qui n’accèdent pas à des médecins et qui peuvent être en souffrance, et dont les actes peuvent être réalisés en toute sécurité par d’autres professionnels.

Le but de ces mesures est, par exemple, de permettre à des personnes âgées peu mobiles d’être vaccinées contre la grippe sans avoir à attendre un rendez-vous chez le médecin. En zone rurale, il y a une très grande difficulté de mobilité. Je pense que c’est une évolution naturelle du métier que de se reconcentrer sur les patients chroniques, un peu plus complexes. L’exercice coordonné va permettre de bien répartir la tâche entre ce qui doit être fait par les médecins et ce qui peut être fait par d’autres professionnels. Les protocoles de délégation de tâches, c’est une demande des MSP, cela correspond à des aspirations.

Ces amendements, notamment celui porté par le député Thomas Mesnier, répondent à une demande sociétale, et j’ai été très claire dans mes prises de parole à l’Assemblée nationale : ils nécessitent maintenant un temps de concertation entre les professionnels, pour trouver la ligne de crête entre ce qui est acceptable par les médecins et ce qui est souhaité par les autres professionnels et surtout les malades. Car ma seule boussole aujourd’hui, c’est l’angoisse des territoires : répondre à ces Français qui plébiscitent la coercition tant ils ressentent une anxiété.

 

Emmanuel Macron a décrété la fin de l’exercice isolé pour 2022. Une déclaration qui a heurté les médecins plus âgés, qui affirment travailler avec les autres professionnels de santé mais ne veulent pas d’un exercice coordonné formalisé, synonyme de paperasse et de temps perdu en réunions. Comment les rassurer ?

C’est justement l’inverse que nous faisons. L’exercice coordonné des CPTS, c’est un exercice valorisé, rémunéré. L’accord que je souhaite entre les professionnels et l’Assurance maladie va permettre de financer les CPTS pour la coordination par exemple, et éviter aux médecins de faire eux-mêmes de la paperasse. On va non seulement favoriser cela, mais le financer, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. C’est un plus pour les médecins.

Je rappelle que les CPTS sont à l’initiative des professionnels sur les territoires, et que nous avons voté dans la loi un amendement qui vise à ce que l’ARS n’impose jamais une CPTS. C’est un dispositif qui émane des professionnels eux-mêmes. La très grande majorité des jeunes médecins veulent un exercice regroupé ou coordonné. C’est un changement générationnel indispensable pour mieux prendre en charge les personnes âgées et polypathologiques. Ces modes d’exercice et d’organisation se sont développés dans les pays de l’OCDE et font face au vieillissement de la population et aux maladies chroniques. La France est plutôt en retard de ce point de vue.

 

L’année qui s’est écoulée a été marquée par de nombreux suicides d’internes et de médecins. Comment faire pour prévenir ces drames ?

Ça nous bouleverse tous. Quand un soignant en arrive au suicide, c’est vraiment insupportable. Il faut...

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