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Etudes, rémunération, retraite : Agnès Buzyn face aux angoisses des médecins

négocié avec l’Assurance maladie et issu de la pratique des professionnels eux-mêmes… Il n’y a rien de descendant. Il s’agit, en fonction des pratiques de terrain, sur un parcours coordonné, de voir comment globaliser une rémunération pour prendre en charge un patient chronique, et ne plus découper une prise en charge globale en actes ponctuels. C’était déjà une crainte soulevée au moment de la mise en place de la ROSP. Aujourd’hui, force est de constater qu’elle n’a pas fonctionnarisé les médecins. Elle n’a fait qu’identifier des bonnes pratiques que l’on souhaite valoriser avec des indicateurs. C’est un plus.

 

Il y a tout de même une part, certes minoritaire, des médecins qui considèrent que la ROSP est délétère…

Il est important de valoriser financièrement les bonnes pratiques, les actions de prévention et d’inciter au déploiement des politiques de santé publique sur le terrain. Nous devons pouvoir compter sur les médecins pour atteindre les objectifs en termes de dépistage ou de vaccination, par exemple. En pratique, la plupart vérifient spontanément que leurs patients accèdent au dépistage du cancer colorectal, par exemple, et on valorise financièrement ceux qui sont dans cette dynamique. 99 % des médecins avec qui je discute sont sensibles au fait qu’ils contribuent à atteindre les objectifs de santé publique : arrêt du tabac, arrêt de l’alcool, dépistages organisés, vaccination… Ce sont des fondamentaux de la pratique médicale.

Pour les mêmes raisons, 8 libéraux sur 10 refusent le paiement à la qualité… Allez-vous vous engager dans cette voie ?

Oui. Ce que rejettent les médecins, ce n’est pas la qualité. Je ne connais pas un professionnel qui n’ait pas envie de bien faire son métier. Ce qui les inquiète, c’est l’évaluation potentiellement administrative ou complexe de la qualité, et je les comprends. Le système que je souhaite mettre en place ne doit pas ajouter de la charge de travail aux médecins, et doit être quasi automatique. Mon objectif, et tout le sens de mon projet de transformation du système de santé, c’est de rendre du temps médical aux médecins, pas de les obliger à remplir des papiers.

Pour autant, considérer qu’il ne faut pas valoriser la qualité serait, pour moi, un problème. Un exemple : aujourd’hui, 9 000 patients diabétiques sont amputés d’un membre chaque année en France ; c’est l’une des proportions les plus élevées des pays développés. Une grande partie est évitable. On peut faire mieux. On peut réfléchir à un parcours coordonné, vérifier la qualité des pratiques. L’idée est d’amener tout le monde à s’interroger sur sa pratique pour améliorer le suivi des patients.

Et, là encore, les indicateurs de qualité seront travaillés par les professionnels eux-mêmes, nous avons besoin de leur expérience pour les élaborer. Ces indicateurs devront être pertinents, robustes et faciles à renseigner. Avec un parcours de soin bien réfléchi au départ et un forfait de prise en charge, ils seront très simples d’utilisation.

 

Les médecins ne peuvent garantir que leur patient ira bien voir le podologue. Ils ont exprimé la crainte de voir leur rémunération dépendre des comportements des patients…

J’ai mentionné cet indicateur comme exemple. Il peut y en avoir d’autres, comme vérifier que l’hémoglobine glyquée a été vérifiée X fois dans l’année… En tout cas, on ne peut pas se satisfaire d’avoir l’un des pires taux d’amputation des pays développés. Tout en évitant la paperasse supplémentaire, la réforme de la tarification doit nous permettre d’améliorer nos pratiques. D’autres pays se sont déjà engagés dans cette voie. Même aux États-Unis, pays réputé très libéral, il y a une rémunération à la qualité pour la médecine générale dans certains cas.

Quel est le calendrier de cette réforme ?

Le rapport Aubert a été mis à la discussion et nous sommes en train de mener une concertation. C’est une transformation qui va se déployer sur plusieurs années. On ne modifiera pas du jour au lendemain les modes de rémunération des hôpitaux ou de la médecine de ville. L’idée, c’est d’avancer progressivement, d’ancrer dans le paysage des modes de paiement supplémentaires, innovants, qui valorisent soit des activités nouvelles, soit la qualité des pratiques, et ce de façon concertée avec les acteurs.

 

La réforme des études de médecine, et notamment du premier cycle, est un autre sujet qui interpelle nos lecteurs. Comment augmenter le nombre d’étudiants formés avec des capacités de formation limitées ? D’autant qu’on manque de généralistes maîtres de stage universitaires…

Ce que l’on va mettre en œuvre avec Frédérique Vidal [Ministre de l'Enseignement supérieur, NDLR] aura pour but d’augmenter le nombre de médecins formés, mais ce n’est pas le cœur de la réforme. Et pour cause : depuis 2005, nous avons plus que doublé le numerus clausus : de 3 500 à plus de 9 000 médecins formés. La fin du numerus clausus va permettre...

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