"Né sous Vichy" : quand le sombre passé de l’Ordre des médecins resurgit | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

"Né sous Vichy" : quand le sombre passé de l’Ordre des médecins resurgit

 conduisant dans chaque département à la mise en place d'un numerus clausus de 2% de médecins juifs sur l'effectif total de la profession. Charge à l'Ordre de les recenser et de juger de ceux qui, parmi les médecins, remplissant les conditions dérogatoires (avoir rendu à l'état français des services exceptionnels ou être issu d’une famille établie en France depuis au moins cinq générations) pourront continuer à exercer ou non et le cas échéant, de dénoncer les contrevenants à l'autorité administrative.

Tous les conseils départementaux ne s'acquittent pas de cette tâche avec la même ardeur. "On ne peut pas mettre tout le monde dans le même bain, reconnaît le Dr Halioua. Certains conseils départementaux ont été extrêmement sévères, d'autres ont fermé les yeux." Tandis que le Conseil des Bouches-du-Rhône, par exemple, dénonce au Commissariat général des questions juives un médecin de Menton qui continue à exercer malgré sa notification d'interdiction et lui suggère au passage d'examiner de plus près les faits d'armes de 14 médecins juifs ayant bénéficié de dérogations, son homologue de l'Aveyron propose, au contraire, à un confrère israélite un poste de remplacement à Sévérac-le-Château. "Quand ce dernier lui dit qu'il est juif, le docteur Garrigues, en guise de réponse, lui rétorque : 'Je ne vous demande rien'", relate Bruno Halioua dans son ouvrage. Des conseils départementaux appliquent strictement le numerus clausus, tandis que d'autres optent pour le calcul le plus favorable à ces confrères.

DR

Au niveau national, l'Ordre se voit parfois reprocher son manque d’empressement par le Commissariat générale aux questions juives, par la presse antisémite (ci-dessous Je suis partout) comme par certains médecins. Les cabinets des médecins étrangers ou juifs suscitent en effet des convoitises, notamment à Paris, et des listes de médecins suspendus sont publiées. En région parisienne, en décembre 1943, 722 médecins israélites (libéraux comme hospitaliers) ont ainsi été interdits d'exercice, soit 13.3% de l'effectif total. Parmi eux, 65 seront déportés et quatre fusillés. En province, où la présence médicale est faible, la règle des 2% aboutit à exclure tous les médecins libéraux juifs.

Dans une profession où la confraternité aurait dû susciter une entraide, on voit au contraire des médecins dénoncer des confrères qui auraient continué à exercer avec la bienveillance de leurs patients ou qui auraient simplement gardé leur plaque, déplore Bruno Halioua. Ils les exposent ainsi à des sanctions allant de l’amende à l’internement. Alors que des médecins s'illustrent par leurs actions dans la Résistance ou en portant secours aux Juifs, et que d'autres se déshonorent en collaborant activement, nombreux sont les "attentistes" qui ont simplement "profité" de cette période...

32 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…