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La revanche posthume d'Adrien Proust, théoricien oublié du confinement systématique

mains et visage. Selon Jean-Yves Tadié, "il a une vision européenne des choses", et des similitudes peuvent être observées avec la crise actuelle : "la défense de l'Europe contre le choléra se faisait comme aujourd'hui en ordre dispersé". Il aura été de toutes les conférences internationales sur les épidémies jusqu'à son décès en 1903. Il y plaidera pour la création d'un Office international d'hygiène publique, qui verra le jour en 1907, quatre ans après sa disparition.

Adrien Proust bataillait "pour imposer aux Britanniques et aux Ottomans un véritable contrôle sanitaire". Le même dilemme qu'aujourd'hui existait : privilégier l'économie globalisée ou la santé ? Au nom du "laisser faire, laisser passer", les Britanniques "ne voulaient pas freiner le commerce qui reposait très largement sur la route des Indes. On

a vu se reproduire la même chose avec (le Premier ministre) Boris Johnson qui ne voulait pas d'abord des contrôles", relève le professeur Tadié. 

Né à Illiers-Combray, près de Chartres, fils de petits commerçants, boursier passé par le petit séminaire, docteur à 28 ans, ce médecin également neurologue, qui croit aux médicaments et se spécialise dans l'hygiène sur ses 40 ans, sera le prototype du positiviste laïc, républicain, athée, intéressé par la question sociale. Admis à l'Académie de médecine, homme de son temps, Adrien Proust est convaincu que la science apportera l'épanouissement à l'humanité, et que l'hygiène est une cause nationale et internationale.

 

Deux visions du confinement

C'est aussi un père "assez terrifiant", infidèle, écrasant de sa stature le jeune Marcel asthmatique, qu'il appelait "mon pauvre Marcel", relève Jean-Yves Tadié. Un personnage repris sous les traits du docteur Cottard dans Un amour de Swann. Il avait noué une relation plus proche avec son aîné, Robert, qui sera un médecin renommé pendant la Première guerre mondiale.

S'ils partageaient la même capacité de travail, beaucoup séparait Adrien et Marcel : le père disait dans son traité d'hygiène qu'il "faut triompher de la poussière et aérer". Conseils que le fils, qui s'est confiné la dernière partie de sa vie, n'appliquera jamais. "Ce sont les méthodes de sa mère qu'il emploie pour lutter contre l'asthme : se couvrir, s'enfermer dans sa chambre, alors que son père lui disait de faire de l'exercice, de sortir, d'ouvrir la fenêtre", note le professeur Tadié. Il y a confinement et confinement: quand Adrien prônait les fenêtres ouvertes, Marcel était imprégné par la peur de la contamination au point de faire désinfecter au formol les lettres qu'il recevait...

 

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