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Theo Morell, le médecin dealer d'Hitler

qu’elles contiennent des méthamphétamines. Les commandes de cette drogue sont effectuées discrètement et sans prescription auprès de la pharmacie Engel-Apotheke de Berlin, qui doit en permanence conserver un stock adapté aux besoins. Les pilules destinées au Führer sont emballées dans un papier doré portant la mention « SF » Sonderanfertigung, ou « SRK » Sonderanfertigung Reichskanzlei, lorsqu’elles sont destinées à la chancellerie. Pour plus de discrétion, elles sont délivrées par coursier au quartier général du Führer, en Prusse-Orientale, ou à la chancellerie du Reich, à Berlin. À partir de 1944, les Vitamultin Fortes partent directement du laboratoire d’Hamma Gmbh. Le Dr Kurt Mülli, chef chimiste de ce laboratoire, proche de Morell, effectue lui-même ces préparations avec la permission des autorités locales. Le Führer prend également, à compter de 1944, de l’Eukodal (opioïde synthétique) mixé à de la cocaïne, un mélange connu aujourd’hui sous l’appellation de Speedball et particulièrement détonnant. L’opioïde ralentit le rythme cardiaque et la cocaïne l’augmente, au risque de rendre ce cocktail fatal.

 

"Pilule magique"

L’armée, l’entourage du Führer, et même parfois la population civile sont friands des drogues de synthèse, dont à l’époque on ne connaît pas les effets secondaires. La Pervitine, très prisée, est considérée comme la drogue du peuple. Qualifiée aujourd’hui de Cristal-Meth, cette méthamphétamine a été découverte par un chimiste du laboratoire allemand Temmler de Berlin et mise sur le marché à la fin des années 1930. Elle accroît la vigilance, la résistance à la fatigue et donne un sentiment d’invincibilité. En matière de drogues, les laboratoires allemands ont toujours été prolifiques : la morphine a été développée par le laboratoire Merck et l’héroïne par Bayer à Darmstadt, à la fin du XIXe siècle. Son nom vient de « heroisch » en allemand, car le laboratoire pensait alors qu’elle soignait l’addiction à la morphine, sans accoutumance. Bayer est fier d’annoncer : « Heroin ist ein schönes Geschäft », l’héroïne est un beau business.

L’heure n’est plus à ces drogues désormais considérées comme nocives mais aux substances de synthèse, telles la Pervitine, l’Eukodal, ou aux barbituriques. Dans l’armée, la première, dite « pilule magique », est largement distribuée dans l’infanterie, dans la marine et aux pilotes d’avion ou conducteurs de chars. Dans la Wehrmacht, outre l’alcool à outrance, cette drogue permet aux soldats de rester éveillés durant les marches et de réduire leur anxiété sur le front. Une fois son efficacité démontrée après l’invasion éclair de la Pologne, la Wehrmacht décide de commander plus de 35 millions de pilules pour envahir la France en 1940. Elles sont parfois distribuées sous forme de chocolat noir, connue sous des appellations aussi différentes que Panzerschokolade pour les équipes de chars d’assaut, ou Fliegerschokolade pour l’armée de l’air.

Le prix Nobel de littérature 1972, Heinrich Böll, stationné en 1939 en Pologne, puis envoyé sur le front russe, offre un témoignage fiable de cette addiction dans ses lettres où il supplie sa famille de lui en faire parvenir : « C’est dur ici et j’espère que vous comprendrez si je ne peux vous écrire qu’une fois tous les deux ou quatre jours dans un premier temps. Aujourd’hui je vous écris surtout pour vous demander de la Pervitine […]. Je vous embrasse, Hein. » Cette drogue est si populaire que beaucoup de soldats s’en procurent à titre personnel. Un chocolatier berlinois fabrique même des pralines à la Pervitine, les Hildebrandt-Pralinen, qu’il recommande aux femmes au foyer déprimées. Posologie : 3 à 9 par jour avec pour slogan, comme dans la chanson des Rolling Stones, Mother’s little helper : « Un petit coup de pouce pour maman ». La distribution est sans contrôle jusqu’à 1940, lorsque le ministre de la Santé du Reich, Leonardo Conti, prend conscience des effets secondaires du produit et tente de soumettre la population civile à une obligation de prescription, sans succès. Cette drogue est aujourd’hui illégale et réglementée depuis 1971 par la convention sur les psychotropes. À la suite de blessures par balle, Hermann Göring est lui-même dépendant de la morphine depuis les années 1920. Son sevrage n’interviendra que lors de son incarcération, en 1945. Dans sa valise auraient été trouvées...

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