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Nicole Mangin, seule femme médecin dans l'enfer de Verdun

les malades dans un pavillon isolé. Son établissement sera reconnu comme l'hôpital parisien qui déplore le moins de décès.

Actes médicaux et chirurgicaux, visites des malades, cours, correction des copies, réunions administratives, tournée d'inspection des soignantes sur le front … La directrice s'implique corps et âme, ne dormant que 5 heures par nuit sur le lit de camp de la cellule attenante à son bureau. A la fin de l'année 1918, une mastoïdite opérée sous anesthésie générale la force à prendre quatre jours de repos. Sur le front, elle n'avait bénéficié que de 10 jours de permission.

 

Tournée mondiale de conférences

 

Nommée médecin-chef de l'hôpital militaire VG 24 à Paris, donnant des cours à l'école des surintendantes, membre active de la Ligue internationale contre le cancer, "elle accepte tout, incapable de dire non, repoussant les recommandations de se ménager que lui font gentiment ses proches", relate Marie-José Chavenon. Une façon de prouver sa valeur à ceux qui en doutent encore? Au mois de mai 1919, à bout de forces, elle accepte de faire une tournée mondiale de conférences sur le rôle des infirmières militaires pendant la Grande guerre - des Etats-Unis au Japon, en passant par l'Afrique du Sud. Elle ne partira jamais. Le 6 juin au matin, Nicole Mangin, 40 ans, est découverte morte à son domicile parisien. Sur sa table de chevet, plusieurs boites et flacons vides de médicaments. Pour Marie-José Chavenon, "les causes sont évidentes": "un burn out sévère dû au stress du surmenage, auquel on peut ajouter le syndrome post-traumatique des horreurs de Verdun". Dans son testament, rédigé quelques semaines auparavant, elle émancipe son fils de 18 ans, consciente d'avoir raté sa vie de mère.

Si l'Académie de médecine l'avait décorée, avant la guerre, de la médaille d'argent des épidémies, l'Armée s'abstient d'honorer une femme qui n'avait rien à faire dans ses rangs et a commis un geste infamant. L'hommage a été rendu par ses patients de Verdun, qui se cotisent pour lui offrir une plaque.

Le Dr Mangin sort de l'oubli en 2014, à l'occasion des commémorations du centenaire de la guerre. Seule reconnaissance officielle : un timbre est émis à son effigie, en 2015.

 

Sources:

Nicole Mangin, seule femme médecin de la Grande guerre, Marie-José Chavenon, Ed. Vent d'Est, octobre 2016.

Nicole Girard-Mangin, plaquette de François Stupp, 2010.

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