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Traçage numérique : notre santé peut-elle s’affranchir de nos libertés individuelles ?

Taïwan où les confinés sont surveillés via le GPS de leur smartphone, avec bien évidemment interdiction formelle de l’éteindre.

Sur ce sujet, la Commission européenne n’est pas en reste. Sous l’autorité de Thierry Breton, ancien président-directeur général de France Télécom (Orange aujourd’hui), désormais commissaire européen au Marché intérieur et au Numérique, une dizaine d’opérateurs majeurs, dont Orange, travaillent sur le partage des données de géolocalisation afin de fournir à la Commission des données devant lui permettre de proposer des mesures visant à mieux contrôler l’épidémie. Ces moyens intéressent bien évidemment les épidémiologistes, les infectiologues et tous les spécialistes en santé publique. Mais à qui réserve-t-on le droit d’accéder à ces données ? Le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD),  le juriste Wojciech Wiewiorowski, représente l’autorité indépendante chargée de la protection des données au niveau de l’Union européenne, il s’est très récemment exprimé sur le sujet, considérant « qu’il serait préférable de limiter l'accès à ces données à des experts autorisés en épidémiologie spatiale, en protection des données et en données scientifiques ». Tout en soulignant le risque que ces solutions deviennent permanentes. Risque réel ? La question est posée à David Gruson.

 

Egora.fr : Notre Santé peut-elle s’affranchir de nos libertés individuelles ?

David Gruson : Évidemment, non. Mais on voit que la gestion de crise et le recours très large aux technologies numériques dans certains pays comme la Chine et la Corée du Sud met en exergue un point de tension entre les libertés individuelles et l’intérêt du collectif dans le recours à l’IA en contexte épidémique. Cette tension est une question classique en santé publique mais l’ampleur de l’épidémie et les nouvelles potentialités technologiques porte ce questionnement sur une échelle jamais vue jusqu’ici. C’est ce que j’avais décrit, sous l’angle de la fiction, dans le premier tome de SARRA en 2018 mais évidemment sans pouvoir penser que le contexte dramatique que nous vivons actuellement conduirait le réel à rejoindre aussi vite la fiction. Défendre les valeurs fondatrices de notre médecine personnalisée à l’heure de l’IA, c’est aussi tout le sens de ce que nous faisons depuis trois ans avec Ethik-IA.

Quels garde-fous faut-il instaurer au traçage numérique dans une période comme celle que nous traversons ?

Il y a d’abord une position de principe à adopter sur le sujet. Olivier Véran vient de marquer ses réserves. Le Comité d’éthique du numérique travaille également sur la question. Je ne voudrais pas préempter cette réflexion qui doit être menée dans un cadre collégial compte tenu de la complexité mais aussi de l’importance des enjeux. D’un point de vue personnel et peut-être plus large que la seule question du tracking, je dirais, en première intention, que le contexte de crise que nous traversons ne suspend pas naturellement toute l’application du cadre juridique protecteur de nos libertés. Une voie de passage opérationnelle doit être trouvée entre...

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