Liberté d'installation, marchandisation du corps : le président de l'Académie de médecine décrypte l'exercice de demain | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

Liberté d'installation, marchandisation du corps : le président de l'Académie de médecine décrypte l'exercice de demain

Cela aboutirait à la création de deux classes d’humains : ceux, nantis, se payant les examens et les modifications les améliorant, et ceux qui en seraient privés qui constitueraient une classe humaine prisonnière de ses limites. Il y a une vraie réflexion éthique et politique à conduire. Un comité d’éthique de l’Académie de médecine travaille notamment sur ces sujets.

 

Avec le séquençage du génome, notamment, comporte-t-il un risque d’aboutir un jour à une marchandisation de la santé et de la médecine ?

La marchandisation de la santé existe déjà sur ses marges. Je pense à la chirurgie esthétique, par exemple. Mais dès lors qu’il s’agit d’un problème de pathologies, la santé, par le biais de la solidarité, est une chose essentielle. Je rappelle le grand principe qui a prévalu la création de la Sécurité sociale en 1946 : “Chacun contribue à la mesure de ses moyens et chacun reçoit en fonction de ses besoins.” C’est capital. La marchandisation existe nécessairement par le biais des cliniques, des médecins qui font payer les consultations, des médicaments qu’il faut acheter. Mais la solidarité nationale le couvre. Ce qui me fait très peur, c’est qu’on arrive à une marchandisation du corps humain : du sang, des gamètes, des organes… C’est tout à fait à l’opposé de l’éthique à la Française. Je crois que si on revenait sur ce principe là, alors nous aurions abandonné un pan majeur de notre culture.

"Les médecins doivent souligner que nombre de consultations pourraient ressembler davantage à des demandes de prestations de service plutôt qu'à un réel besoin médical, transformant le patient en client"

 

Est-ce que globalement vous êtes inquiet pour l’avenir de notre système de santé ?

Je suis préoccupé, mais je ne suis pas inquiet car je fais confiance à l’Homme et à son humanité. Je pense si d’aventure on devait franchir un seuil insupportable pour l’humanité, on reviendrait très vite en arrière. C’est pourquoi il faut réintroduire l’enseignement de l'éthique, des sciences humaines, de la philosophie, de l'anthropologie. Il ne s’agit pas de faire des étudiants des philosophes, des anthropologues etc., mais il faut qu’ils sachent appréhender l’Homme dans sa dimension humaine et pas seulement dans sa dimension scientifique.

 

*Entretien réalisé le 3 mars à l’Academie de Médecine

 

 

Santé, le grand bouleversement. Comment serons-nous soignés demain ?, éd Les liens qui libèrent, publié le 4 mars 2020

6 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…