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Liberté d'installation, marchandisation du corps : le président de l'Académie de médecine décrypte l'exercice de demain

la Cour des comptes, Gérard Larcher dans un rapport parlementaire, l’Inspection générale des affaires sociales l’ont dit : nous vivons dans un excès d’hospitalo-centrisme. Dès qu’il y a un malade qui sort de l’ordinaire ou qui cause du souci : hôpital.

Il faut que l’hôpital comprenne qu’il était un lieu d’hébergement dans lequel on distribuait des soins et qu’il devient aujourd’hui un lieu où l’on distribue des soins et où l’on offre de moins en moins d’hébergement. C’est la médecine ambulatoire, c’est l’hospitalisation de jour, c'est l'hospitalisation à domicile… Il est clair qu’il faut adapter la structure à cela. Donc modifier la répartition des lits.

Les urgences sont elles aussi débordées. Je pense qu’il faut modifier le circuit. On peut probablement proposer des maisons médicales de garde à l’entrée des hôpitaux pour faire un tri entre ce qui est vraiment une urgence ou pas. Il faut aussi à mon avis que les urgences disposent de lits d'hospitalisation très courte, 24 heures ou 36 heures, le temps de faire un bilan et d’orienter vers la spécialité le patient dont il relève.

Je pense également qu’il est nécessaire d’organiser la profession d’urgentiste car beaucoup de jeunes médecins sont séduits par les urgences, parce qu’ils veulent sauver des vies, mais au bout de dix ans, ils sont fatigués, ont fondé une famille et veulent changer de rythme. Il faut donc absolument qu’on permette un recyclage des urgentistes qui veulent s’orienter vers un autre exercice.

 

"Le système de santé français peine à organiser le parcours du patient"

 

Il faut enfin qu’on redonne leur importance aux hôpitaux de proximité et qu’on aille vers un groupement d’hôpitaux sur un territoire partant de l’hôpital de proximité - avec un premier hôpital de recours - et un deuxième pour les maladies véritablement compliquées, alors qu’aujourd’hui tout arrive d’emblée au CHU. L’hospitalo-centrisme est d’ailleurs une spécificité française.

 

Est-ce lié à cette question des données personnelles que la télémédecine a du mal à décoller ?

C’est vrai qu’il y a une transition car il faut se familiariser. Il faut que les patients comprennent que le médecin n’a pas besoin d’être à ses côtés pour délivrer un certain nombre de conseils. La télémédecine devrait surtout servir dans les déserts médicaux, sauf qu’ils sont souvent aussi des zones blanches sur le plan du web. Donc ça ne marche pas. Il faut que la fibre coure un peu partout. je comprends les médecins qui refusent le terme de “déserts médicaux” : ce sont des déserts publics, des zones pratiquement abandonnées par la République. Comment voulez-vous qu’un médecin s’installe dans un village où il n’y a pas de poste, d’école, d’équipements publics ?

 

Faudra-t-il donc, à terme, restreindre la liberté d’installation ?

Je suis pour la liberté d’installation mais il faudra trouver des mesures d’accompagnement, et il en existe déjà, pour faire en sorte de respecter le principe constitutionnel de l’égalité d’accès aux soins. Il faut que les médecins comprennent que, même s’ils sont des libéraux, ce sont des délégataires de service public. Je comprends les exigences de la vie moderne qui font qu’ils vont de moins en moins s’installer dans des zones rurales, mais je pense qu’avec les hôpitaux de proximité, les consultations avancées, on doit y arriver. Alors peut-être qu’il faudra inciter. Ce qui est sûr, c’est que c’est un devoir régalien de l’Etat que d’assurer l’égal accès aux soins.

 

Le développement des technologies ne risque-t-il pas, lui aussi, d’accroître les inégalités d’accès aux soins ?

Si le recours à la technologie moderne (séquençage du génome…) relève d’une indication médicale, l’examen doit et devra être pris en charge par la solidarité nationale. Si l’examen relève plutôt d’un désir récréatif - par exemple connaître son génome par curiosité - il est clair que ça ne sera pas pris en charge par la solidarité nationale. Je me demande même s’il faut l’autoriser.

Pourquoi ? Il ne s’agit pas de brider la liberté des gens mais il s’agit de dire que si on accepte cette généralisation, seules les personnes qui seront suffisamment riches pour se payer ces examens les auront et demanderont éventuellement à être améliorés. C’est toute la perspective de l’Homme augmenté...

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