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Liberté d'installation, marchandisation du corps : le président de l'Académie de médecine décrypte l'exercice de demain

plus informé. Il sera plus en difficulté, dans une vie souvent compliquée. Mais je ne peux pas dire de quoi demain sera fait.

En revanche, je pense que les médecins, eux, doivent être en prise avec la société d’aujourd’hui. Ils ont un rôle privilégié. Ce sont les observateurs de la société : ils ont dans leur patientèle des personnes très âgées et des enfants. Au milieu, ils ont des adolescents et des adultes jeunes. Quand je parle de la société postmoderne dans mon livre assise sur l’individualisme, le matérialisme et l'hédonisme, qui vit dans l’instant, je pense que les adolescents et les jeunes adultes sont en train d’apporter un bouleversement à cette façon d’être et d’agir. Ne serait-ce que dans leur conception de l’écologie : aujourd’hui vous entendez des ados dire “Il faut qu’on s’y mette tous pour protéger l’environnement”. On n’est plus dans l’individualisme, on est au contraire dans le rassemblement. Ils disent : “Il nous faut une écologie durable”. On n’est plus dans l’instant, on est dans la durée. Enfin, ils disent : “C’est un véritable engagement”. Or l’engagement est autre chose qu’un plaisir instantané.

La génération qui a aujourd’hui entre 15 et 25 ans va apporter un changement considérable dans la société de demain.

 

Comment ce changement va se traduire pour les professionnels de santé, en particulier les médecins généralistes ?

Ça va changer car ils vont se trouver face à des patients qui seront porteurs de valeurs différentes. Ils seront très préoccupés de préserver leur santé dans un environnement quelquefois difficile. À la fin de mon livre, je préconise par ailleurs la création d’une spécialité de médecine environnementale, probablement au sein de la Santé publique, parce qu’il est impensable qu’on continue à développer des travaux publics, des usines, des équipements, sans se préoccuper des conséquences sur la santé des personnes.

Je pense que les médecins vont redécouvrir en définitive ce qu’est la médecine à l’état pur. C’est-à-dire s’occuper des personnes elles-mêmes soucieuses et responsables de leur santé, ce que ne sont souvent pas les contemporains d’aujourd’hui, plus âgés, avec le tabac, l’alcool, la malbouffe. Je ne suis pas sûr que, voulant satisfaire le plaisir de l’instant, ils soient préoccupés de leur santé dans 20 ou 30 ans. C’est un constat que je regrette.

Aujourd’hui, il se passe quelque chose. Quand vous parlez de solidarité, d’engagement, de durée dans l’avenir, vous remettez en place des valeurs qui sont quasiment des valeurs religieuses. Alors que les religions traditionnelles diminuent, en incidence, en influence, le spirituel rebondit avec ce mouvement pour l’environnement. J’en suis très content, car l’Homme est avant tout corps et esprit et on n’avait pas suffisamment pris soin de l’esprit ces dernières années.

 

L’hôpital traverse actuellement une crise importante. Comme la médecine de ville, doit-il se réinventer ?

Je pense que oui. Ça fait 15, 16 ans que je l’ai dit, lorsque j’étais ministre de la Santé, mais dans ce pays, quand on a une idée novatrice ou qui surprend, elle met 10 ou 15 ans à s’imposer. D’ailleurs, je ne suis pas le seul à l’avoir dit...

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