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Liberté d'installation, marchandisation du corps : le président de l'Académie de médecine décrypte l'exercice de demain

 nous n’avons peut-être pas l’équipement nécessaire, mais on doit l’avoir rapidement au niveau européen. Je suis pour une souveraineté européenne car on n’a pas la culture utilitariste en Europe. Nous formons un tout. Il n’y a aucune raison que la France aille confier ses données aux Gafam, soumises aux lois américaines.

Dans un second temps, quand on sait que même les ordinateurs des ministères peuvent être piratées, aujourd’hui notre grand problème, c’est la cybersécurité. Il nous faut développer des compétences extrêmes dans ce domaine. C’est une course entre le progrès et la maîtrise du progrès.

 

"Depuis l'entrée en vigueur du RGPD le 25 ami 2018, près de 145.000 plaintes ont été enregistrées, dont 12.000 en France, selon la Commission européenne"

 

Vous accordez dans votre livre beaucoup de place à la formation des soignants. Comment pourrait-on mieux former les futurs médecins à ces nouveaux outils ?

Il faut qu’ils aient un enseignement désormais approprié. Quand j’ai fait mes études de médecine, les ordinateurs n’existaient pas. Les médecins aujourd’hui apprennent les rudiments de l’informatique quand ils ne les ont pas déjà acquis durant leur adolescence. Je pense qu’il faut qu’ils soient au courant des nouvelles technologies. Ne serait-ce que parce que s’ils adressent leurs patients à un spécialiste qui va les mettre en œuvre, il va falloir ensuite qu’ils suivent, qu’ils expliquent aux patients. Le médecin est là pour dédramatiser, pour mettre à la portée du malade la compréhension de ce qu’on lui propose. Les médecins devront donc apprendre les algorithmes, la robotique, les nanotechnologies, les biotechnologies, les neurosciences, etc. Il ne s’agit pas d’en faire des spécialistes de tout ça, mais il faut qu’ils soient les généralistes de tout ça.

Dans le fil de ce qu’il se passe aujourd’hui, où on développe davantage l’enseignement de l’éthique et des sciences humaines, je ferais volontiers une matière qui s’intitulerait “Médecine et technologies nouvelles”. Je ne suis pas Doyen ni au ministère de l’Enseignement supérieur, mais quelques heures sur ce sujet pour au moins prendre les principes et les fonctionnements, c’est indispensable. Sinon les étudiants vivront sur des idées fausses véhiculées par les réseaux sociaux.

 

Vous présentez les réseaux sociaux comme une des menaces du système de santé. Comment les médecins peuvent se protéger de ces fake news ? Comment se prémunir de ces informations véhiculées sans aucun contrôle ?

Il faut que les médecins, et tout le système de santé, répondent et n’hésitent pas à envahir aussi les réseaux sociaux car ils sont fréquentés essentiellement par des personnes qui n’ont pas d’autres moyens de communication parce qu’ils n’ont pas la légitimité pour se faire.

Nous sommes dans un monde fait, non pas avec des valeurs et des références communes, on est l’addition d’individus dont chacun dit ce qu’il veut, demande ce qu’il souhaite. On ne peut pas construire une société de cette façon.

 

"Les médecins devront apprendre à résister aux effets souvent dévastateurs d'Internet et des réseaux sociaux"

 

La notion d’individualisme est très présente dans votre réflexion. Cet individualisme va-t-il changer le type de patient que les professionnels de santé pourront avoir devant eux en consultation ? Quel sera le patient de demain ?

C’est difficile à dire. L’avenir n’appartient à personne. Le monde était dans une croissance économique et tout à coup, du fait de cette épidémie mondiale [l'épidémie de coronavirus, NDLR], l’économie va probablement marquer le pas voire reculer. On aura plus de gens en difficulté. Je crois qu’il ne faut pas dire “quel sera le patient de demain ?” Globalement, oui je peux vous le dire, le patient de demain sera...

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