Violences conjugales : pourquoi la levée du secret médical oppose les médecins | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

Violences conjugales : pourquoi la levée du secret médical oppose les médecins

Violences conjugales : pourquoi la levée du secret médical oppose les médecins

Ces femmes vont d'abord chez le généraliste, elles se confient parfois, puis l'étape suivante avec les fractures et les plaies, c'est le chirurgien et la troisième étape c'est malheureusement trop souvent le médecin légiste.

Il faut arrêter cette progression mortifère et je pense que celui qui pourrait dire au procureur "Monsieur, vous devez mettre cette femme immédiatement à l'abri". Nous, ce qu'on demande c'est avoir les moyens et la possibilité de dénoncer quelque chose qui est grave. Aujourd'hui, mon sentiment, c'est que le secret médical protège l'agresseur, pas les femmes.

 

Ne pensez-vous pas qu'en levant le secret, les patientes n'oseront plus se confier ?

Le lien de confiance existe depuis des années. Mais qu'est ce qu'on en a fait de ce lien de confiance ? Sur les 138 femmes tuées par leur compagnon ou leur ex-compagnon, je pense que certaines se sont confiées à leur médecin traitant ou à leur chirurgien. J'espère que parmi eux, il n'y en a pas un qui s'est tu et qui sait maintenant que sa patiente est morte.

Est-ce que le lien de confiance va se briser parce que le médecin va dire : "Madame, je sais que vous êtes en danger, je vais appeler le procureur". Je ne pense pas. Bien sûr qu'il y a des risques de le rompre, mais qu'est ce qui vaut mieux comme risque ? Que la patiente n'ait plus confiance ou qu'elle soit morte dans les deux heures ? Je veux bien qu'on m'oppose cet argument, mais c'est un manque de courage !

Mes patientes ont confiance en moi, mais face à des lésions, j'aimerais pouvoir appeler le procureur. Sauf que la violation du secret médical, c'est un an de prison avec sursis et 15 000 euros d'amende [Code pénal, article 226-13, NDLR]. Finalement aujourd'hui on préfère la non-assistance à personne en danger. Pour moi on marche sur la tête.

Je ne dis pas qu'il faille appeler le magistrat toutes les 5 minutes. Mais le secret médical doit être adapté. On n'est plus au temps d'Hippocrate. Et justement, je pense que le lien de confiance devrait nous permettre d'appeler le magistrat.

 

Comment est-ce que l'on pourrait encadrer la levée du secret médical pour éviter les abus ?

Je ne suis pas législateur. Je ne suis pas au gouvernement. Je n'ai aucune solution à leur apporter. Mais aujourd'hui il y a un problème, il faut cesser de taire ce problème et faire comme s'il n'existait pas. Et il faut que les médecins prennent leurs responsabilités.

 

Le point de vue l'Ordre des médecins
Contacté par Egora.fr, le Cnom n'a pas souhaité s'exprimer sur la levée du secret médical avant la fin des consultations avec les pouvoirs publics. En revanche, il conseille les médecins sur l'attitude à avoir dans le cas de la prise en charge d'une femme victime de violences conjugales, dans l'état actuel du droit. "Une des missions fondamentales du médecin est d’établir un certificat médical, en respectant les règles de rédaction. Il est nécessaire d’indiquer les faits médicaux constatés lors d’un examen clinique consciencieux, en particulier les lésions physiques. Il faut bannir toute interprétation. Le certificat peut être accompagné de photos. Pour relater les dires de la victime et procéder au recueil des commémoratifs, le médecin doit utiliser les guillemets ou le conditionnel. Il évalue aussi le retentissement psychique. Une incapacité totale de travail (ITT) doit être fixée sur le certificat avec des réserves. Si le médecin n’est pas en mesure de l’évaluer, il peut adresser la victime vers une consultation de victimologie. Ce certificat doit être remis à la patiente, et une copie conservée dans le dossier médical. L’ouverture du dialogue sur un éventuel dépôt de plainte est possible, mais c’est à la victime de faire la démarche. Le médecin peut aussi lui demander son accord pour faire un signalement au procureur de la République. Mais, là encore, son accord est indispensable."
9 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…