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Violences conjugales : pourquoi la levée du secret médical oppose les médecins

Violences conjugales : pourquoi la levée du secret médical oppose les médecins

au couple médecin-patient. Et on risque que les patientes ne se confient plus à leur médecin traitant, voire qu'elles ne viennent plus.

Il ne faut pas oublier que les femmes ne sont pas des mineures. On ne décide pas pour elles, mais on fait les démarches avec elles. On doit les aider à redevenir les auteures de leur vie, à comprendre les violences qu'elles subissent, les soigner et essayer de les protéger. Mais c'est à elles de prendre les décisions.

 

Pourquoi cette mesure est autant critiquée par le corps médical ?

Parce qu'elle ne sert qu'à brouiller les dysfonctionnements de la justice et de la police qui ont échoué à protéger ces femmes et à reporter la responsabilité sur les professionnels de santé. On sait très bien que beaucoup de femmes victimes de violences conjugales ont porté plainte. Mais il faut que les plaintes soient instruites ! Un récent rapport montre d'ailleurs que 80% des plaintes ont été classées sans suite. Ce n'est plus possible.

On est le premier recours des victimes, et là, on nous sort une mesure aberrante. Nous ne devons pas être assimilés à des auxiliaires de justice. Ça signifierait qu'on détient la vérité. On revient à une médecine paternaliste où nous saurions ce qui est bon ou pas pour les autres. Or, comme je l'ai dit, c'est aux victimes de porter plainte. Je pense que ceux qui sont pour une levée partielle du secret médical n'ont pas été confrontés à ces femmes et à ces réalités.

 

"Aujourd'hui, mon sentiment, c'est que le secret médical protège l'agresseur" - Jacques Saboye

 

Egora.fr : Vous défendez la levée partielle du secret médical, pourquoi ?

Jacques Saboye : Au sein de la Société française de chirurgie esthétique plastique, on opère des patientes pour de la chirurgie esthétique, bien sûr, mais aussi lorsqu'elles sont victimes de violences conjugales : des fractures, des plaies, des brûlures… des choses abominables.

Le problème qui se pose, c'est qu'on se rend compte qu'une fois qu'on les a opérées, on les renvoie à la maison et le mari ou l'ex conjoint peut recommencer. Et nous, on doit se taire. Le secret médical est absolu : on ne peut pas appeler un procureur et lui dire : "cette femme est en danger".

Il y a une espèce de progression mortifère...

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