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Déserts médicaux : "Il faut renforcer le couple médecin-pharmacien"

repenser des systèmes de formation et d'information en commun. Et, enfin, réfléchir à comment faire le lien avec l'hôpital.

 

La désertification médicale est-elle de près ou de loin liée à la fermeture d'officines ?

Non. La désertification pharmaceutique sera liée à la désertification médicale, mais pas l'inverse. Peut-être qu’un jour il y aura une désertification pharmaceutique parce qu'il n'y a plus de médecins sur le territoire, mais pas l'inverse. On est plus accroché que les médecins parce qu'on ne peut pas déplaquer du jour au lendemain. C'est impossible. Le titulaire pourra vendre, mais il y aura toujours quelqu'un pour lui succéder.

 

Quels sont les facteurs qui peuvent expliquer cette baisse ?

Le premier, c'est la régulation du prix du médicament. Les fortes baisses du prix du médicament en France ont généré des problèmes économiques pour les officines. On parle de milliards d'euros tous les ans depuis 2007. Ces baisses de prix entraînent forcément des baisses de rentabilité pour les officines.

Outre la disparition des médecins, la concurrence interne joue aussi dans la baisse du nombre d'officines. La profession pousse les pharmaciens vers leur rôle d'acteurs dans les soins de premier recours, c’est-à-dire au côté du médecin, de l'infirmier. Un rôle de santé publique. Mais nous avons des confrères qui font d'autres choix : créer des PME de distribution de produits de santé par exemple. On voit ainsi éclore des énormes pharmacies de plus de 1.000 m² dans des centres commerciaux ou même en centre-ville de Paris. Ça créé une concurrence interne.

 

 

Le Sénat examine en ce moment un projet de loi qui prévoit de faciliter la vente en ligne de médicaments sans ordonnance. Pourra-t-il influer sur la baisse du nombre d'officines ?

Dans le projet gouvernemental, oui. Le numérique en santé peut rapprocher ou éloigner les gens. Et le projet du Gouvernement propose un numérique qui éloigne. Il promeut l'idée qu'une plateforme centralisée quelque part dans le pays pourra arroser l'ensemble de la France de médicaments. Nous nous y opposons fermement. En l'état actuel, le projet est à revoir complètement. Je pense que c'est un avis quasi unanimement partagé. Sauf peut-être une petite dizaine d'acteurs spécialisés dans la vente en ligne.

A côté de ça, il peut y avoir des formes de numérique qui permettent de marier la proximité du pharmacien avec l'information nécessaire pour le produit de santé. Je pense aux e-prescriptions, aux sites Internet des pharmaciens qui permettent parfois au patient de commander un produit de sorte que quand il se rend en officine, il n'a pas à revenir.

 

Plus de 1500 pharmacies ont fermé en dix ans
Le nombre d'officines est passé sous la barre symbolique des 21.000, pour s'établir à 20.966 au 1er janvier 2019. Soit une baisse de -1,1% par rapport à 2017 et de -6.7% par rapport à 2008. En dix ans, 1.504 pharmacies ont baissé le rideau, dont 226 en 2018, une année record. Cette même année, il y avait en France 32,4 officines en moyenne pour 100.000 habitants, soit 4 de moins en dix ans. Ce qui représente 3.087 habitants par pharmacie en moyenne. Les fermetures sont fréquemment volontaires (32% de cessions de clientèles, 21% de fusions) mais parfois contraintes : 39% des pharmaciens titulaires ont dû restituer leur licence faute de repreneur, 6% ont été en liquidation judiciaire. Le nombre de titulaires d'officines est également en baisse de -1.3% par rapport à 2017 et -6.9% par rapport à 2008, soit 1.926 titulaires en moins. Ceux-ci sont également plus âgés qu'auparavant. Depuis 2008, il y a eu +38.2% de pharmaciens titulaires âgés de 55 ans.

 

source carte : bilan démographique de l'Ordre national des pharmaciens du 1er janvier 2019

 

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