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IVG tardive : la société en demande-t-elle trop aux gynécos?

l'IVG comme une urgence : on reçoit obligatoirement la femme dans les cinq jours ; ça, ça se vérifie très facilement. Deuxièmement, il faut que la Sécurité sociale paie l'IVG au prix qu'elle coûte. Dans mon hôpital, il y a 2.200 IVG : c'est une ligne rouge dans le budget de l'hôpital. Les IVG coûtent bien plus cher que la Sécurité sociale ne les paye. Une IVG médicamenteuse coûte 291 euros : j'ai besoin d'une sage-femme, d'un psychologue, de médicaments à hauteur de 100 euros, j'ai besoin d'encadrer la femme, d'un lit, de médicaments anesthésiques… toutes choses qui ne sont pas comprises dans les 291 euros. Une IVG chirurgicale est payée 650 euros. Pour des raisons financières, on favoriser artificiellement une IVG chirurgicale alors que les femmes ne la souhaitent pas. Si vous avez le choix entre aller en salle d'op' ou ne pas y aller -même si l'IVG médicamenteuse y mène dans 5% des cas- que choisirez-vous ? Faisons en sorte que les deux modalités soient payées 650 euros, à hauteur de leur coût. Il y a des services qui ne font pas d'IVG médicamenteuses tellement c'est mal payé : ça alourdirait leur déficit. Si le paiement était au juste prix, tout un tas de services en feraient.

L'autre jour, j'entendais une grosse clinique à Nantes dire que malgré le déficit que ça entrainerait elle aimerait proposer des IVG… mais elle n'a pas l'autorisation. Qu'on m'explique pourquoi ! Je tombe de la lune. Cet établissement fait 4.000 accouchements et est obligé d'envoyer les IVG vers le CHU. N'importe quoi ! Sur cette question, on marche sur la tête.

Je ne veux pas non plus que l'IVG devienne un marché et soit considérée comme une contraception. Je voudrais qu'elle soit disponible en urgence et payée correctement, avec un contrôle de qualité. Mais allonger le délai, c'est la dernière des choses à faire ! Je découvre que parfois la politique amène à faire des propositions qui ne sont pas dans l'intérêt des administrés, pour des questions d'affichage et de communication. On veut montrer qu'on fait des choses pour le droit des femmes alors que ça va dégrader la condition des femmes.

 

 

Délais légaux : ce qui est autorisé en France et en Europe
En France, d’après une note du ministère de la Santé, l’IVG médicamenteuse peut être effectuée en cabinet de ville jusqu’à la fin de la 5e semaine de grossesse, soit 7 semaines d'aménorrhée. Dans un établissement de santé toutefois, l’interruption de grossesse médicamenteuse est possible jusqu’à la 7e semaine de grossesse (9 semaines d'aménorrhée). L’IVG instrumentale (par dilatation du col et aspiration du contenu de l'utérus), exclusivement réalisée dans un hôpital ou une clinique, peut quant à elle être effectuée jusqu’à la fin de la 12e semaine de grossesse (14 semaines d'aménorrhée).
A l’étranger, les délais légaux peuvent être bien différents de ceux appliqués dans notre pays où, rappelons-le, l’IVG est remboursée à 100% par l'Assurance maladie depuis 2013. Si l’Allemagne, l’Italie, la Belgique ou encore la Grèce limitent eux aussi le délai légal d’interruption volontaire de grossesse à 12 semaines, délai le plus répandu en Europe, l’Espagne et l’Autriche l’autorisent jusqu’à la 14e semaine, soit la durée que suggère Albane Gaillot. En Suède, les femmes peuvent avorter jusqu’à la 18e semaine de grossesse. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni demeurent les pays d’Europe où le délai légal d'avortement est le plus long, respectivement jusqu’à la 22e semaine et jusqu’à la 24e semaine.
A contrario, d’autres pays restent très stricts par rapport à la pratique voire remettent en cause ce droit, comme la Pologne qui  ne l’autorise qu’en cas de malformation du fœtus, de viol, d’inceste ou de danger grave pour la santé de la femme enceinte. La pratique est totalement interdite à Malte, en Andorre, à Saint-Marin et au Vatican.
L.C.
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