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IVG tardive : la société en demande-t-elle trop aux gynécos?

baisse chaque année. Si on prolonge la courbe, il n'y aura plus qu'un petit pourcentage de femmes qui souhaiteront aller en salle d'opération. Le fait que les sages-femmes participent aux IVG médicamenteuses a été une immense aide pour nous. Elles participent déjà à 70% des IVG, bientôt ce sera 80, 90%. On a besoin des sages-femmes pour les IVG médicamenteuses, oui, mais pas pour faire de la chirurgie dans l'utérus, qu'elles n'ont pas apprise, qui est dangereuse et entraîne des complications. Faire pratiquer quelques IVG chirurgicales à des sages-femmes après formation et avant un contrôle par un médecin, ce serait dépenser plus d'énergie pour ne pas augmenter l'accessibilité des femmes. C'est une fausse bonne idée.

 

"Quand on fait ce métier, on est là pour la liberté et le droit des femmes et ça comporte aussi des IVG"

 

Vous dites que certains médecins demandent ce transfert de compétences pour de "mauvaises raisons" : lesquelles ?

Quand vous faites de la chirurgie gynécologique, l'IVG n'est pas l'acte le plus sympathique à faire. C'est un geste difficile, dangereux. Et il y a pas mal de médecins qui aimeraient s'en débarrasser. Ce n'est pas une raison pour faire faire ce geste par des sages-femmes. Je fais partie de ceux qui estiment que les médecins spécialistes doivent tous être formés pendant leur internat à faire des IVG. Quand on fait ce métier, on est là pour la liberté et le droit des femmes et ça comporte aussi des IVG.

 

La députée Albane Gaillot ne comprend justement pas comment on peut choisir gynécologie tout en refusant de faire des IVG…

Sauf que vous ne voudriez pas que ce soit un médecin qui n'a pas envie de le faire qui vous la fasse ! On ne va pas mettre un anneau dans le nez des médecins pour les obliger à faire des gestes. Lutter contre la clause des conscience et en même temps, rendre ces gestes plus difficiles, ça nous surprend. C'est déstabiliser un système de soins sans se soucier des conséquences que ça pourrait avoir. C'était facile de demander aux gynécologues qui font les IVG s'ils continueront en cas d'allongement des délais. Leur dire que toute façon ils seront obligés de les faire, c'est dramatique. Les gynécos ne voudront pas faire d'IVG tardives voire ne voudront pas faire d'IVG du tout. 

 

"La clause de conscience spécifique protège bien les femmes"

 

La clause de conscience spécifique est-elle encore justifiée ? La clause de conscience générale ne suffit-elle pas ? 

C'est le type même d'une gesticulation politique. La clause de conscience spécifique protège bien les femmes car elle oblige le médecin qui la fait valoir à accompagner les femmes vers un autre professionnel, ce qui n'est pas le cas de la clause générale. Si on transfère cette obligation dans la clause générale, ça ne me dérange pas qu'il n'y ait plus de doublon. J'en suis un peu à l'origine : au moment où j'avais fait un rapport en 1999 pour Martine Aubry, j'avais vu que certains médecins, pour des raisons religieuses, ne faisaient pas état de leur clause de conscience et trainaient les femmes en longueur au-delà du délai. J'avais donc proposé que l'on fasse une clause de conscience spécifique, interdisant au médecin de ne pas dire sa clause de conscience et l'obligeant à accompagner la femme vers un autre médecin. Si on trouve le moyen de protéger les femmes -alors que ce dérapage n'existe plus aujourd'hui à mon avis – effectivement le doublement de la clause de conscience n'a plus de sens. Mais la supprimer aujourd'hui sans avoir complété l'autre c'est de la gesticulation politique qui dessert les femmes au lieu de les aider.

 

Quelles sont vos préconisations pour renforcer l'accès à l'IVG?

J'ai deux propositions. Premièrement, considérer...

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