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IVG tardive : la société en demande-t-elle trop aux gynécos?

nombre d'IVG : 233 000 l'année dernière ; ça montre bien qu'il n'y a pas de problème d'accessibilité. Le premier problème, c'est qu'une grossesse sur quatre se termine par une IVG dans notre pays. De notre point de vue, au Collège national, le vrai droit d'une femme c'est de ne pas être enceinte quand elle ne souhaite pas. Or, on a un reste-à-charge sur la contraception et l'IVG est gratuite. Quel est le message ? On n'a pas fait ce qu'il fallait pour que des femmes évitent des IVG. Au Collège, on pense que l'IVG n'est pas une contraception et que c'est toujours difficile pour une femme de se résoudre à cela. Mais on estime qu'une femme qui en a besoin, quelles que soient les raisons, doit pouvoir en avoir une. Mais pas dans quatre semaines, immédiatement ! Il faut considérer que l'IVG est une urgence. Or, nous n'avons pas fait cela. Transformer une IVG de 11 semaines en une IVG de 15 semaines, ce n'est pas rendre service à une femme, ce n'est pas améliorer le droit des femmes.

 

Les rendez-vous sont donc donnés trop tardivement ?

Il ne vous a pas échappé que les hôpitaux vont mal. Ça va mal pour les accouchements, ça va mal pour les césariennes, ça va mal pour la chirurgie du cancer, ça va mal aussi pour les IVG. Donnons les moyens aux hôpitaux, en fléchant ces moyens, notamment dans les grandes métropoles, pour qu'on ne fasse plus attendre les femmes qui demandent une IVG. On passera de 2000 femmes en dépassement de délai à quelques dizaines, pour lesquelles le problème est différent. Ce sont des femmes qui ne se rendent pas compte qu'elles sont enceintes, parce qu'elles font un déni de grossesse ou parce qu'elles sont jeunes et ne savent pas analyser les messages de leur corps. Ces femmes nécessitent une prise en charge différente. L'IMG psycho-sociale peut être mise en œuvre dans ces cas-là.

 

"On va déstabiliser en profondeur un système de soins déjà précaire"

 

Le CNGOF s'oppose à un nouvel allongement du délai légal du recours à l'IVG, arguant du fait qu'à la suite du précédent allongement, 30% des gynécologues avaient décidé de cesser de pratiquer des IVG. Pour quelles raisons ?

Il y a encore des gynécologues aujourd'hui qui ne font pas des IVG de 12 à 14 semaines d'aménorrhée, résultat de la loi de 2001, car c'est plus difficile, plus dangereux. Il y a des complications pour les femmes et une difficulté du geste. Ce n'est toujours pas réglé. Qu'est-ce que ça va donner si on passe de 14 à 16 SA? Il y a tout un tas d'endroits où les médecins qui œuvrent pour la liberté des femmes disent que si cela passe, ils arrêteront de faire des IVG. Ils se recentreront sur les autres spécialités de notre discipline. Sous couvert de faire un acte politique pour la liberté des femmes, on va déstructurer et déstabiliser en profondeur, sans l'avoir mesuré préalablement, un système de soins qui est déjà précaire. Ceux qui parlent vraiment par la liberté des femmes, qui veulent vraiment permettre aux femmes d'avoir une IVG tout de suite ne proposent pas ce genre de choses. Car ça, ça ferait disparaître plein de gynécologues et ce ne sont pas les sages-femmes qui feraient les IVG tardives.

En quoi le geste est-il plus compliqué et risqué si le délai est allongé ?

Ça tombe sous le sens : plus le fœtus est gros, plus le geste est difficile, plus il faut dilater le col, c’est-à-dire le forcer. Il sera moins continent pour les grossesses suivantes. Le geste est d'autant plus compliqué pour le médecin et plus difficile pour la femme que la grossesse est avancée. A l'étranger, il y a de très nombreuses publications qui montrent que quelle que soit la méthode utilisée, que ce soit une méthode médicamenteuse ou une méthode chirurgicale, plus la grossesse est avancée, plus les complications sont fréquentes.

 

L’Académie de médecine craint une augmentation des complications
Dans un communiqué publié ce lundi, l’Académie de médecine s’est fermement opposée à l’allongement du délai de recours à l’avortement. “En portant ce délai à 16 semaines d'aménorrhée, on augmente le recours à des manœuvres chirurgicales qui peuvent être dangereuses pour les femmes et à une dilatation du col plus importante susceptible de provoquer des complications à long terme comme un accouchement prématuré”, a averti l’instance.
Cette dernière a par ailleurs assuré qu’une telle mesure ne répond “à aucune demande légitime des femmes”. Expliquant qu’elles “espèrent au contraire une prise en charge plus rapide, l’Académie juge que cette modification de la loi risquerait “d’augmenter le délai de leur démarche”. De fait, elle appelle à maintenir le délai actuellement autorisé. Elle prône cependant une optimisation du “fonctionnement des centres de santé qui prennent en charge des interruptions volontaires de grossesses en les rendant plus accessibles et dans des délais moindres”.
Enfin, sur la question du transfert de compétences aux sages-femmes, l’Académie rejoint le président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français en se positionnant contre cette proposition, au regard de “leur absence actuelle de qualification chirurgicale”.
L.C.

 

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