IVG tardive : la société en demande-t-elle trop aux gynécos? | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

IVG tardive : la société en demande-t-elle trop aux gynécos?

une hémorragie à 8 semaines, 10 semaines, comme à 14 semaines. Les séquelles, elles sont physiologiques et peuvent exister tout le temps, dès lors que c’est un acte chirurgical. Il n’y a pas plus de risques. Dans les pays autour de nous, qui ont des délais plus longs, on voit bien d’ailleurs qu’il n’y a pas un taux de mortalité plus important.

Je tiens à ajouter qu’une femme qui veut avorter, elle avorte. Parfois, elle ne va pas pouvoir car elle ne va pas rentrer dans les clous ou dans les délais. Ces femmes qui ont mené des grossesses à leur terme, alors qu’elles ne voulaient pas de cette grossesse, quels sont les impacts psychologiques et psychiques sur ces femmes et l’enfant à naître ? Et puis, on n’a pas parlé des avortements clandestins. On n’a pas de chiffres aujourd’hui, mais on peut imaginer que ça puisse se passer encore. 

 

Vous soumettez enfin l’idée de créer un répertoire national de praticiens pratiquant cet acte. Quel serait son usage ?

Au planning familial et à la Maison des femmes, on nous a remonté le fait que des femmes qui arrivent tardivement dans un parcours IVG n’obtiennent pas directement le refus d’un médecin qui les prend en rendez-vous, puis qui leur dit de manière insidieuse “Je ne pratique pas l’IVG, je vais vous réorienter vers quelqu’un d’autre”. Ce sont des jours perdus. 

Ce répertoire national serait disponible pour toutes et tous. Cela peut faire gagner du temps aux femmes qui sont très en retard. Cela leur permettrait aussi de prendre un rendez-vous là où elles ont envie d’aller. Il serait piloté par les agences régionales de santé, cela montrera que ce n’est pas qu’associatif mais que ça prouve l’engagement de l’Etat dans ce genre de dispositifs.

45 ans après la légalisation de l’avortement en France par la loi Veil, nombre de politiques, y compris des membres du Gouvernement, dénoncent un débat effectué à la va-vite. Que leur répondez-vous? 

Je ne suis pas d’accord. Le débat éthique a eu lieu en 1974-1975 lors du vote de la loi Veil Aujourd'hui on est sur une proposition de loi, d’initiative parlementaire. C’est donc une remontée de terrain. Il est plutôt heureux que le Parlement se saisisse de ce sujet et n’attende pas que le Gouvernement légifère. Certains ont trouvé que c’était un débat qui pouvait être expéditif, parce qu’ils ont souhaité de nouveau mettre cela sur le terrain de l’éthique. Moi, j’ai voulu recentrer le débat sur le fait que ça apportait des solutions concrètes et pratiques. On n’est pas en train de remettre en débat l’éthique du droit à l’avortement. 

 *Interruptions volontaires de grossesse : une hausse confirmée en 2019, Études et Résultats, n°1163, Drees, 2020.

 

 

"Les gynécologues ne voudront pas faire d'IVG tardives, voire pas d'IVG du tout"

Pr Israël Nisand, Chef du service de gynécologie/obstétrique des Hôpitaux universitaires de Strasbourg et président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).

 

Egora.fr : Chaque année, 3000 à 5000 femmes seraient contraintes de se rendre à l'étranger car elles sont hors délai pour une IVG en France. D'après votre expérience, ces situations sont-elles fréquentes ?

Pr Israël Nisand : Je ne sais pas quelles sont les sources d'Albane Gaillot car elle ne les cite pas. Nous avons l'impression que depuis le dernier allongement du délai en 2001, dont j'avais été à l'origine, il y a assez peu de femmes qui dépassent le délai quand on ne les fait pas attendre des semaines et des semaines pour leur donner un rendez-vous. Pour moi, il y en a probablement moins de 2000 par an. J'aimerais avoir de vrais chiffres et non pas des chiffres qui trainent dans la littérature : en 2001, il y a avait déjà 5000 femmes qui traversaient la frontière ; on a allongé le délai pour cela et il y en a toujours autant. Ça nous inquiète d'autant plus : si on allonge encore le délai, il y en aura toujours autant qui traverseront la frontière ? Car personne ne leur demande pourquoi et personne n'a de vrais chiffres là-dessus.

 

Comment expliquez-vous ces IVG trop tardives ?

On a augmenté le...

19 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…