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IVG tardive : la société en demande-t-elle trop aux gynécos?

le sort de la jeune fille dans la Nièvre, par exemple, qui devra faire des kilomètres et des kilomètres pour trouver un centre IVG. Il faudrait donc rouvrir des centres IVG. Créer des unités spécialisées dans chaque établissement hospitalier pourrait permettre une meilleure prise en charge.

Une autre mesure, qui n’a pas été votée, consistait à rallonger le délai de l’IVG médicamenteuse de 7 à 9 semaines de grossesse. Olivier Véran a toutefois demandé un rapport à la Haute Autorité de santé que l’on attend. Cette mesure pourrait être pérennisée et permettrait aux femmes d’avoir non pas une interruption de grossesse dans un centre hospitalier, mais chez son médecin de ville. 

 

La proposition de loi initiale a été enrichie lors du vote jeudi 9 octobre par la possibilité pour les sages-femmes de pratiquer une IVG chirurgicale jusqu’à la 10ème semaine. En quoi est-ce un ajout important ?

Les sages-femmes pratiquent déjà des gestes endo-utérins et sont déjà impliquées lors des interruptions médicales de grossesse (IMG) pour aider les gynécologues-obstétriciens. Bien sûr, il y a une formation un peu spécifique pour l’aspiration qui est nécessaire. Mais elles semblent prêtes le faire. Et comme toute nouvelle technique, elles vont l’apprendre. Cela permettra d’accroître l’offre de soins. 

 

Le collège national des gynécologues et des obstétriciens a toutefois indiqué que 30% des professionnels avaient cessé de participer aux IVG lors du précédent allongement du délai légal, de 10 à 12 semaines, en 2001. Ne craignez-vous pas un même rejet de la part du corps médical? 

Le risque existe peut-être un peu, c’est vrai. Il faut mieux valoriser cet acte, mieux en parler. La formation de nos médecins en gynécologie, notamment sur les techniques d’IVG instrumentale, est incomplète et est à revoir. Il faut l’apprendre, le désacraliser, en faire un acte comme un autre. Ce n’est pas un acte que l’on fait de manière forcé. Ce n’est pas ma volonté d’ailleurs. On ne souhaite pas être la patiente d’un médecin qui n’a pas envie de pratiquer un acte chirurgical.

Tout médecin devrait être volontaire pour pratiquer l’IVG. Il faut réfléchir à comment réenchanter cet acte, qui est un vrai choix des femmes. Je pense aussi qu’il est nécessaire de le revaloriser puisqu’il semblerait qu’il ne soit pas vraiment valorisé à hauteur de ce qu’il représente.

Si on perd encore 30% de médecins, il faut se poser la question de pourquoi ils s’engagent dans cette voie-là. S’ils veulent être gynécologues juste pour faire des accouchements, il faut changer de métier. Je ne veux pas être sarcastique, mais quand même… 

 

“Remettre l’acte dans le droit normal, ne plus en faire un totem ni un symbole est une mesure importante”

 

Vous proposez de supprimer la clause de conscience spécifique IVG. Etant donné qu’il existe une clause de conscience pour tous les actes médicaux, est-ce surtout pour vous une mesure symbolique ? 

Concrètement, peut-être que ça ne va... pas révolutionner, en effet. Mais la considération par les professionnels de santé mais aussi par la population générale de l’IVG comme un acte normal, du moins pas “à part” est une petite révolution qu’il faut faire. Remettre l’acte dans le droit normal, ne plus en faire un totem ni un symbole est une mesure importante. On ne fait pas de la médecine à l’aune de la morale.

Les médecins bénéficieront toujours de leur clause de conscience et pourront toujours refuser de pratiquer un avortement. Donc que l’on nous n’argue pas qu’ils seront obligés. Non, ils pourront toujours évoquer des résistances éthiques.

 

Les institutions scientifiques alertent par ailleurs sur des risques et des séquelles pour les femmes en cas d’allongement du délai légal d’interruption de grossesse. Qu’en pensez-vous ?

La technique entre 12 et 14 semaines est la même, c’est l’aspiration. Une femme peut très bien faire...

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