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Racistes, colonialistes, sexistes : faut-il destituer ces grands noms de la médecine?

sur plusieurs femmes noires esclaves, le plus souvent sans anesthésie. Il a même, selon des historiens, « opéré la même femme trente fois pour perfectionner sa technique ». Ce n’est pourtant que récemment que le débat s’ouvre sur l’héritage laissé par ces pratiques médicales. Le tout premier colloque sur l’histoire de la médecine dans le contexte de l’esclavage dans les Amériques s’est tenu en 2018.

S’appuyant sur des recherches minutieuses en archives, les ouvrages de Hogarth, Cooper Owens et Berry ont en commun de proposer une réflexion sur les pratiques de biologisation du social, de commodification et de médicalisation des corps noirs entre les XVIIIe et XIXe siècles. Faisant l’histoire des expérimentations médicales, du développement de la science médicale aux dépens des corps noirs, mais aussi des pratiques de résistance des esclaves confrontés à l’objectivisation de leurs propres corps, leurs travaux viennent nourrir une réflexion d’actualité en révélant les relations de pouvoirs inhérentes à la production des savoirs médicaux.
À propos de : R. A. Hogarth, Medicalizing Blackness; D. C. Owens, Medical Bondage; D. R. Berry, The Price for Their Pound of Flesh https://laviedesidees.fr/Medecines-du-corps-noir.html

Le cas des noms des médecins nazis est différent dans le sens où la limite de l’acceptable pour l’héritage du nom a été établie depuis plus longtemps: il est communément accepté que l’on ne doit plus utiliser le nom d’un médecin nazi pour nommer une maladie. Le médecin pédopsychiatre autrichien Hans Asperger, qui avait laissé son nom à une forme d’autisme, s’est révélé avoir des liens ténus avec le régime nazi: le livre de l’historienne Edith Sheffer révèle que non seulement l’Autrichien Hans Asperger s’est glissé dans l’idéologie nazie, mais que son travail a participé à la «sélection d’enfants non éducables», aboutissant à leur euthanasie. Toutefois, il est encore difficile de ne pas voir son nom cité dans les manuels médicaux. La fameuse « maladie de Wegener », du nom de Friedrich Wegener, médecin nazi qui a rejoint les Chemises brunes en 1932, a, elle, été débaptisée. Toutefois, son nouveau nom (« granulomatose avec polyangéite ») est si peu aisé à écrire et à prononcer que l’on parle encore en 2021 de la maladie de Wegener à la faculté de médecine. Retirer les noms des médecins nazis des livres de médecine est une affaire de longue haleine loin d’être aboutie. Mais au-delà du retrait de ces noms de nos manuels, cela vient mettre en lumière le fait bien réel qu’une partie de notre apprentissage médical est issu d’expérimentations dans des camps de prisonniers.

On remarque que, plus généralement, la façon dont se sont conduites les expérimentations menant aux grandes découvertes mériterait davantage notre attention. Le grand Dr Salk, s’il est respecté et admiré pour son vaccin contre la polio, a par exemple conduit des expériences dans des institutions psychiatriques en diffusant un virus directement dans les narines des résidents, avec un consentement éclairé que l’on peut imaginer inexistant.

On pourrait donc penser faire un peu de ménage dans les syndromes éponymes des manuels de médecine et en profiter pour laisser une plus grande place à...

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