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Dix raisons qui expliquent le désamour ressenti par les médecins

de toute « sous-traitance ».

C’est comme si les médecins craignaient, s’ils acceptent collectivement de travailler avec les autres professionnels, de perdre l’autonomie, et surtout de ne plus figurer sur le podium. Quand les médecins s’opposent à ce que les paramédicaux acquièrent des compétences, ils oublient que nombre d’entre eux en ont déjà beaucoup. Les sage-femmes, les secouristes, les pompiers prennent déjà en charge les blessés. Pourquoi des cris d’orfraie quand on parle d’apprendre aux infirmières à faire des sutures ou à des pharmaciens de vacciner alors qu’il va y avoir plus de 40 millions de personnes à piquer d’ici l’été.

Comme si toute proposition d’évolution cachait une volonté de maltraitance à laquelle il faut s’opposer. Comme s’il était impossible d’avancer positivement, comme si freiner de toutes ses forces allait permettre de rester au bon vieux temps du médecin qui a le pouvoir. Un bon vieux temps pourtant rejeté par la majorité des médecins en ce qu’il comportait d’investissement personnel, mais réanimé et encensé dès lors qu’il s’agit de s’accrocher au payement à l’acte, au refus de déléguer et partager des tâches, à la réticence affichée de mettre du digital dans le soin

 

9. La peur

Au milieu des années 70, il y avait trop de médecins. Certains avaient si peu de patients, qu’ils ont quitté la profession. Les autres devaient se battre pour « fabriquer » une clientèle.

La peur de perdre sa clientèle remonte à cette époque. Elle s’est ancrée dans la mémoire de la profession, la cicatrice ne s’est jamais complètement refermée. Même les jeunes médecins croulant sous le travail ressentent une sorte d’anxiété à l’idée que la clientèle puisse baisser.

La plaie se rouvre facilement. La crise Covid a réactivé cette crainte ancestrale, de ne plus avoir de travail, quand du jour au lendemain les cabinets se sont vidés des patients. Elle ne cicatrise pas bien à l’automne, quand les médecins constatent que les petites pathologies désertent leur cabinets, remplacées par des patients lourds, complexes, multipathologiques, ayant trop attendu pour consulter. Et dont les consultations longues sont mal rémunérées, parce que la profession n’a pas su négocier son importance dans la prise en charge des polypathologies.

Or, ce changement de paradigme des consultants, ainsi que les louables et réels efforts des libéraux pourraient donner l’occasion aux médecins de rappeler que leur vrai métier n’est pas un « service » rhume, certif, réponse urgente à tout, mais qu’ils offrent de vraies compétences, issues de nombreuses années d’étude et de formation continue permanente. Ce serait le moment de bien positionner la juste valeur de l’offre médicale, et de rappeler qu’elle  ne se trouve pas dans toutes les tâches administratives annexes et connexes qu’on leur additionne sans se préoccuper de l’embolisation de leur temps.

 

10. Malgré le dynamisme incroyable du corps médical, malgré son implication exceptionnelle tout au long de cette crise Covid, malgré son épuisement actuel, le corps médical ne réussit pas à apparaitre comme une force de proposition, morale et éthique, alors qu’il occupe la première place dans la prise en charge de la pandémie et que sans les médecins il n’y aucune prise en charge, aucune avancée thérapeutique

La profession se freine elle-même de ses corporatismes, de ses refus frontaux, d’une trop grande tolérance des déviances, d’une déontologie mal utilisée, et l’incapacité de certains à se propulser dans le 21è siècle.

Et pourtant, la profession médicale mérite plus de considération, à commencer par la considération qu’elle a d’elle-même en tant que porteuse de sens, de valeur, de qualités. Car des valeurs, cette profession en a énormément : humanité, attention, bienveillance, gentillesse, écoute de la détresse et de l’impuissance des humains. Accompagnement de la la naissance, la maladie, la mort et la détresse humaine.

Il est temps de réfléchir à un retapage de l’éculé serment d’Hippocrate, avec son dévouement et ses soins gratuits, et au dépoussiérage du code de déontologie et de l’ordre. Au profit de l’affirmation des valeurs professionnelles et d’une éthique définie rendant plus lisibles la profession tant à ses propres yeux qu’à celle des tutelles et des patients. Il est temps que le corps médical travaille à retrouver le chemin de l’estime de lui-même et l’estime des autres.

*Appelés aux urnes électroniques du 31 mars au 7 avril, les médecins ont élu leurs représentants aux unions régionales professionnelles de santé. Retrouvez les résultats ici.

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